Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur Accra ont une nouvelle fois mis en lumière la vulnérabilité de la capitale ghanéenne face aux inondations. Le bilan humain continue de s’alourdir avec au moins 12 morts, des disparus et des milliers de personnes affectées. Au-delà de la catastrophe naturelle, ce drame révèle les limites de l’aménagement urbain, les retards dans les projets de prévention et une gestion de crise désormais vivement contestée.
Des précipitations d’une intensité exceptionnelle ont transformé plusieurs quartiers d’Accra en véritables lacs. Routes impraticables, maisons submergées, véhicules emportés par les eaux : la métropole de plus de cinq millions d’habitants a vécu l’une des pires journées de son histoire récente.
Les services de secours ont mené des centaines d’interventions durant toute une nuit. Plus de 400 personnes ont pu être sauvées, mais le bilan reste lourd.《Le bilan est désormais d’au moins 12 morts 》, a déclaré Alex King Nartey, porte-parole du Service national des pompiers, précisant que ce chiffre pourrait encore évoluer. Parmi les victimes figurent notamment un couple marié ainsi qu’une mère et son enfant.Les opérations de pompage et d’évacuation se poursuivent dans les quartiers les plus touchés.《 Nous avons réussi à secourir beaucoup de monde 》, a assuré Rashid Kwame Nisawu, commandant régional des pompiers du Grand Accra.
Une catastrophe annoncée

Si l’intensité des pluies a surpris par son ampleur, les spécialistes rappellent que les causes de ces inondations dépassent largement le seul phénomène météorologique.Près de 140 millimètres de pluie sont tombés en une seule journée sur Accra, un niveau rarement enregistré dans le pays. Selon les autorités, il s’agit du mois de juin le plus pluvieux jamais observé au Ghana. Le changement climatique favorise désormais des épisodes de pluies plus violents et plus fréquents, saturant rapidement les sols et les réseaux d’évacuation. Mais cette réalité climatique s’ajoute à des problèmes structurels connus depuis des années : des caniveaux régulièrement obstrués par les déchets, une urbanisation accélérée, des constructions érigées dans des zones humides ou sur les lits naturels des cours d’eau et un réseau de drainage insuffisant pour absorber de tels volumes d’eau.En clair, les pluies ont agi comme un révélateur de failles déjà existantes.
La réponse du gouvernement sous le feu des critiques

Face à l’ampleur de la catastrophe, le président John Dramani Mahama a ordonné le déblocage immédiat de 300 millions de cédis destinés aux opérations de secours et aux futures mesures de prévention. L’armée et la police ont également été mobilisées pour renforcer les équipes de secours.Le chef de l’État a lui-même reconnu que les constructions illégales bloquant les cours d’eau avaient fortement aggravé les inondations et a promis une vaste opération de démolition après sa visite dans les zones sinistrées.Le ministre de l’Intérieur, Mohammed Muntaka Mubarak, a également admis que la réponse des autorités aurait pu être plus efficace. 《 Nous sommes profondément attristés par ces pertes humaines 》, a-t-il déclaré.Ces annonces n’ont toutefois pas suffi à calmer les critiques.

Le Nouveau Parti patriotique (NPP), principale formation de l’opposition, accuse le gouvernement de n’avoir pas suffisamment anticipé la catastrophe malgré des alertes répétées.Le député Kojo Oppong Nkrumah résume cette colère :《 Aucune rigueur budgétaire ni amélioration d’indicateurs économiques ne ramènera nos morts》.L’opposition pointe également les retards du projet GARID, financé par la Banque mondiale pour améliorer la résilience d’Accra face aux inondations, ainsi que le système national d’alerte précoce, lancé en 2023 mais toujours non opérationnel au moment de la catastrophe.

Une polémique qui enfle
La tension politique s’est encore accentuée après le maintien de la Journée nationale de prière et d’action de grâce.Des images montrant le président et plusieurs membres du gouvernement participant aux célébrations ont suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux, où de nombreux Ghanéens ont jugé ces scènes inappropriées alors que le pays était en deuil.Le député Jerry Ahmed Shaib a dénoncé cette attitude.《 Des gens ont perdu la vie dans ces inondations, et le président danse. 》 Le choix des tenues blanches portées par plusieurs responsables gouvernementaux a également alimenté les critiques, certains y voyant un manque de considération envers les victimes.

Un défi qui dépasse l’urgence
Au Ghana, les inondations reviennent presque chaque saison des pluies. Pourtant, les événements de cette année montrent que leur intensité augmente sous l’effet du changement climatique.Les experts estiment désormais que les réponses ponctuelles ne suffisent plus. Le curage régulier des réseaux de drainage, la lutte contre les constructions anarchiques, une meilleure planification urbaine et la mise en service effective des systèmes d’alerte apparaissent comme des priorités absolues.L’Agence météorologique du Ghana reste d’ailleurs prudente. Si les pluies ont diminué, les sols demeurent saturés et de nouvelles précipitations, même modérées, pourraient provoquer d’autres débordements dans les zones les plus exposées.
Une leçon pour toute l’Afrique de l’Ouest
Au-delà du Ghana, cette catastrophe rappelle une réalité à laquelle sont confrontées plusieurs grandes villes ouest-africaines. L’urbanisation rapide, la pression démographique, les infrastructures vieillissantes et les effets du changement climatique créent un cocktail particulièrement dangereux. À Accra, la priorité est aujourd’hui de secourir les sinistrés. Mais une fois l’émotion passée, le véritable défi sera de transformer les promesses en actions concrètes. Car chaque saison des pluies qui s’ouvre sans réformes majeures augmente le risque de voir une tragédie similaire se reproduire.
Firmin DANNON









