L’entrée en vigueur du Traité sur la haute mer ouvre une nouvelle étape dans la protection des océans. Si l’Afrique de l’Ouest prend une longueur d’avance dans la création d’aires marines protégées, le continent doit encore relever d’importants défis pour défendre durablement ses intérêts en haute mer.
Depuis le début de l’année, le Traité sur la haute mer, officiellement appelé Accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales (BBNJ), est entré en vigueur. Ce texte historique vise à mieux protéger la biodiversité dans les eaux internationales, qui représentent près des deux tiers des océans de la planète.Dans ce contexte, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Amérique latine préparent déjà leurs premières propositions de création d’aires marines protégées (AMP). L’objectif est de préserver des écosystèmes marins particulièrement riches, tout en garantissant une exploitation plus durable des ressources.

L’Afrique de l’Ouest montre la voie
Chercheur en sécurité maritime à l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Pretoria, David Willima reçu par Mongabay estime que l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui la région africaine la plus avancée dans la mise en œuvre du traité.Selon lui, la CEDEAO bénéficie d’une coopération régionale solide ainsi que d’institutions capables de coordonner efficacement les politiques liées à la sécurité maritime et à la gouvernance des océans.Cette dynamique pourrait aboutir prochainement à la création d’une vaste aire marine protégée dans la zone de convergence des courants des Canaries et de Guinée.
Une situation plus complexe ailleurs sur le continent
En Afrique de l’Est et en Afrique australe, les discussions progressent plus lentement.David Willima explique que la configuration géographique de ces régions complique les négociations. Les zones économiques exclusives, les revendications d’extension du plateau continental, les États insulaires et les États côtiers se chevauchent souvent, créant des incertitudes juridiques et des risques de différends.Des pays comme la Namibie et l’Afrique du Sud doivent notamment concilier leurs ambitions économiques avec les exigences du nouveau traité avant d’envisager la création de nouvelles aires protégées.
La pêche illégale reste le principal défi
Au-delà des questions juridiques, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) demeure la plus grande menace.Selon David Willima, l’Afrique est le continent le plus touché par ce phénomène, qui lui ferait perdre plus de 10 milliards de dollars chaque année.Profitant du manque de moyens de surveillance des États africains, plusieurs flottes de pêche étrangères opèrent entre les eaux internationales et les eaux nationales. Certaines désactivent même leurs systèmes de localisation afin d’échapper aux contrôles.L’expert estime que la création d’aires marines protégées ne suffira pas à elle seule. Les États devront investir davantage dans les systèmes de surveillance satellitaire, le partage des données et les capacités d’intervention en mer.
Saya de Malha, un trésor marin à protéger
Parmi les zones jugées prioritaires figure le banc de Saya de Malha, situé entre Madagascar, les Seychelles et Maurice.Cet immense plateau sous-marin abrite l’un des plus grands herbiers marins continus de haute mer au monde, un écosystème essentiel pour le stockage du carbone et la préservation de nombreuses espèces marines.Malgré son importance écologique mondiale, cette région reste très exposée à la pêche intensive et à la pêche illégale, faute d’une protection suffisante.
L’Afrique appelée à parler d’une seule voix

Pour David Willima, le traité BBNJ représente une opportunité historique, mais son efficacité dépendra fortement de l’implication des États africains.Il appelle les gouvernements à renforcer leur présence dans toutes les négociations internationales liées aux océans, qu’il s’agisse de la gouvernance de la haute mer, des subventions à la pêche ou encore de l’exploitation des ressources minières sous-marines. L’expert salue également les initiatives récentes du Malawi, du Kenya et de Madagascar en faveur d’une pause de précaution sur l’exploitation minière des grands fonds marins, ainsi que les efforts de coopération engagés dans le golfe de Guinée contre la pêche illégale.
À ses yeux, l’amélioration des connaissances scientifiques et le développement des technologies satellitaires offrent aujourd’hui à l’Afrique des outils inédits pour mieux protéger ses espaces maritimes et défendre ses intérêts dans la gouvernance mondiale des océans.
Firmin DANNON









