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66ans d’indépendance: comment la restitution des trésors royaux redessine l’identité béninoise

En restituant à la terre de leurs ancêtres 26 œuvres d’art pillées sous la colonisation, le Bénin n’a pas seulement récupéré des morceaux de bois, de métal et de tissu sacré. Le pays a réouvert les pages de son récit national. Alors que la nation célèbre le 1er août, le retour de ce patrimoine séculaire dépasse la simple victoire diplomatique : il réinterroge la mémoire collective, féconde la création contemporaine et pose les bases d’une souveraineté culturelle retrouvée.

Pendant plus d’un siècle, les statues anthropomorphes des rois Ghézo, Glele et Behanzin ont séjourné loin de leur terre d’origine, exposées dans les vitrines de musées parisiens. Novembre 2021, la restitution officielle par la France de 26 œuvres royales issues du trésor d’Abomey, saisies en 1892 lors du sac du palais par le général Dodds est intervenue. Leur retour à Cotonou a provoqué une onde de choc émotionnelle et politique dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui. Pour les descendants des dynasties royales comme pour les dignitaires des cultes traditionnels, ces pièces ne sont pas de simples objets d’art au sens occidental du terme. Ce sont des réceptacles spirituels, des témoins matériels d’une souveraineté brisée lors de la conquête coloniale de la fin du XIXe siècle. Récupérer ces trônes et ces portes sculptées revient à restaurer le fil d’une histoire qui avait été violemment interrompue.

Le tourisme mémoriel comme moteur de développement
Au-delà de la charge symbolique, cette restitution historique marque le point de départ d’une ambition économique et touristique inédite. Le gouvernement a engagé la construction d’infrastructures muséales aux normes internationales, à l’image du Musée des rois et des amazones du Danxomè (Murad) à Abomey ou du Musée de l’épopée des amazones et des rois du Danxomè. L’objectif est de transformer ce patrimoine retrouvé en un levier d’attractivité internationale et de développement local. Le Bénin ne se contente plus de réclamer son dû ; il se dote des moyens logistiques et scientifiques pour conserver, étudier et valoriser ces trésors. Cette dynamique suscite également un engouement nouveau auprès de la diaspora, en quête de repères identitaires et d’histoire non altérée.

Transmission et création : la jeunesse face à l’héritage
Le défi majeur de cette restitution réside désormais dans la transmission aux jeunes générations. Longtemps formés à travers des manuels scolaires ignorant la profondeur de la statuaire et de la cosmogonie locales, les élèves et étudiants béninois redécouvrent une histoire incarnée. Des dizaines de milliers de visiteurs béninois et étrangers se sont pressés au Palais de la Marina pour l’exposition historique « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui » organisée entre février et mars 2022. Dans les ateliers d’artistes et les galeries de Cotonou, ce retour agit comme un catalyseur. Plasticiens, designers et écrivains s’inspirent des formes, des symboles et des récits du passé pour inventer un art contemporain résolument moderne. La restitution cesse alors d’être un regard nostalgique vers le passé pour devenir une source d’inspiration tournée vers l’avenir.

Le Kataklè restitué par la Finlande

Au palais de la Présidence de la République, le mardi 13 mai 2025, a eu lieu la cérémonie de restitution du Kataklè, trésor royal du Danxomè volé par la France en 1892 pendant la colonisation. C’était en présence des autorités compétentes du Bénin et de la Finlande. Après la France, la Finlande, détentrice d’un tabouret de couronnement des rois d’Abomey, lui emboîte le pas. Le Kataklè à trois pieds avait été dérobé par le colonel français Alfred Dodds avant d’être transféré plus tard dans un musée en Finlande. Pour le ministre de la Culture du Bénin d’alors Jean-Michel Abimbola, ce 27e trésor royal restitué est une source de fierté pour le gouvernement et le peuple béninois tout entier. Le Kataklè symbolise la stabilité, le pouvoir et l’unité.

La révolution béninoise est en marche. Le Bénin ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. La quête ne s’arrête pas là : d’autres pièces majeures, comme la statue du dieu Gou, restent réclamées pour parfaire le retour du patrimoine national.

Donatien Fernando SOWANOU

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