À Grand-Popo, un atelier consacré à la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) pousse les structures d’appui aux entreprises à revoir leurs pratiques. Au-delà du simple respect des textes, l’enjeu est désormais d’intégrer les dimensions économique, sociale, sociétale et environnementale dans leur fonctionnement quotidien.
La Responsabilité Sociétale des Entreprises ne concerne pas uniquement les grandes sociétés ou les entreprises industrielles. Les structures d’appui aux entreprises sont elles aussi directement concernées. C’est l’un des principaux enseignements de l’atelier de formation, de sensibilisation et d’accompagnement consacré à la RSE, qui se tient à Grand-Popo depuis le lundi 10 août 2026 dans le cadre du projet IYBA-SEED. L’objectif de cette rencontre est de permettre aux acteurs de l’écosystème entrepreneurial de mieux comprendre leurs responsabilités et surtout de traduire les principes de la RSE en actions concrètes.
Aller au-delà du simple respect de la loi

Au cours des échanges, une idée forte s’est dégagée : être en conformité avec la législation ne suffit pas pour prétendre avoir une véritable démarche sociale. Le respect du Code du travail constitue un minimum. Une organisation qui se contente d’appliquer strictement les obligations légales peut certes être conforme, mais elle ne répond pas nécessairement à l’ensemble des enjeux liés au bien-être de ses travailleurs.
L’un des intervenants a notamment insisté sur la nécessité pour les structures d’aller « au-delà du Code du travail ». Cette approche implique, par exemple, de privilégier de meilleures conditions d’emploi, de développer les compétences du personnel et de veiller à une organisation équilibrée du temps de travail. L’exemple présenté par un participant est révélateur. Dans sa structure, les salariés disposent de contrats de travail et perçoivent régulièrement leurs rémunérations. Ces éléments ont donc été considérés comme conformes. En revanche, la question du travail effectué certains week-ends a été identifiée comme un point nécessitant une correction.
La solution proposée est simple : lorsqu’une activité se déroule le week-end dans les locaux, un agent spécifiquement chargé de l’ouverture et de la fermeture des lieux pourrait être mobilisé, plutôt que de solliciter systématiquement les salariés. La RSE commence ainsi par des réalités très concrètes : le temps de travail, le repos, la rémunération, la formation et les conditions de travail.Quatre dimensions pour un plan d’action équilibré. L’atelier rappelle qu’une politique RSE efficace ne doit pas se limiter à un seul domaine. Elle repose sur quatre dimensions complémentaires.
L’économique : créer de la valeur dans la durée
La première dimension concerne la pérennité et la résilience de la structure. Il s’agit notamment d’améliorer les processus et de réduire les pertes de temps.Un exemple donné consiste à réduire les délais de traitement ou de paiement des petites entreprises accompagnées. L’indicateur peut être le délai moyen nécessaire pour traiter ou payer un dossier.
Le social : placer l’humain au cœur de l’organisation
La dimension sociale porte sur les conditions de travail, les compétences et l’équité. Mettre en place un véritable plan de développement des compétences permet, par exemple, d’accompagner les salariés dans leur évolution professionnelle. Le nombre moyen d’heures de formation par salarié peut servir d’indicateur.
Le sociétal : contribuer au développement du territoire
La RSE ne s’arrête pas aux portes de l’organisation. Une structure d’appui peut également agir sur son environnement économique et social. Adapter certains services aux jeunes entreprises ou aux entreprises dirigées par des femmes constitue une piste concrète. L’objectif est de renforcer l’inclusion et de permettre à des publics parfois moins bien accompagnés d’accéder aux dispositifs existants.
L’environnemental : réduire son empreinte
Même une structure qui ne possède aucune usine peut avoir un impact environnemental.Consommation d’électricité, déchets de bureau, déplacements des équipes, impressions et usage du numérique : toutes ces activités ont une empreinte. Le diagnostic environnemental doit donc permettre d’identifier les principales sources d’impact et de définir des mesures adaptées.

Pourquoi l’électricité est aussi une question environnementale ?
La consommation énergétique a également fait l’objet d’explications pédagogiques durant les travaux. Le raisonnement est simple : l’impact environnemental de l’électricité dépend notamment de la manière dont elle est produite. Lorsque l’énergie repose largement sur des combustibles fossiles, sa production entraîne des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, réduire une consommation inutile d’électricité ne relève pas seulement de la recherche d’économies financières. C’est également une manière de réduire indirectement les émissions liées à la production énergétique. L’enjeu consiste donc à adopter des comportements simples : éviter les consommations inutiles, mieux utiliser la climatisation, éteindre les équipements lorsqu’ils ne sont pas nécessaires et, lorsque cela est possible, privilégier des solutions énergétiques moins polluantes.
Les déchets : un problème qui concerne toutes les organisations
Autre sujet au cœur des discussions : la gestion des déchets. Une structure d’appui peut produire du papier, des emballages, des déchets électroniques, des consommables ou encore des déchets liés à ses activités quotidiennes. Même en petite quantité, leur mauvaise gestion peut avoir des conséquences. Les déchets abandonnés dans la nature peuvent polluer les sols et les cours d’eau. Leur enfouissement sans traitement approprié peut également contaminer l’environnement. Leur brûlage peut, quant à lui, libérer des substances nocives. La conclusion du formateur est sans ambiguïté : toutes les organisations sont concernées par la problématique des déchets, à des degrés différents. D’où l’importance de mettre en place des pratiques simples : réduire la production de déchets, favoriser la réutilisation, organiser le tri et assurer une gestion appropriée des déchets qui ne peuvent être évités.
De la parole aux résultats
L’un des intérêts majeurs de cette formation est de dépasser les discours généraux sur la RSE. Les participants sont amenés à identifier les problèmes existants dans leurs structures, à proposer des actions correctives, à désigner des responsables et à fixer des priorités et des échéances. Cette méthode permet de transformer la RSE en un véritable outil de gestion. Une action sans responsable risque de rester une intention. Une action sans échéance peut être constamment reportée. Et une action sans indicateur ne permet pas de mesurer les progrès réalisés. C’est pourquoi le plan d’action RSE doit être réaliste, mesurable et adapté aux capacités de chaque structure.

Un changement de culture plus qu’une simple formalité
À Grand-Popo, le message porté par l’atelier va donc bien au-delà de la conformité administrative. La RSE invite les structures d’appui à se poser des questions simples mais essentielles : comment traitons-nous nos salariés ? Comment accompagnons-nous les entreprises ? Quelle place accordons-nous aux jeunes et aux femmes ? Combien consommons-nous d’énergie ? Que faisons-nous de nos déchets ? Et surtout, quelles améliorations pouvons-nous mesurer ? C’est à partir de ces réponses que peut se construire une démarche RSE crédible.
Pour les structures d’appui aux entreprises, l’enjeu est désormais de passer de la sensibilisation à l’action. Car une RSE efficace ne se mesure pas au nombre de documents produits, mais aux changements réellement visibles dans le fonctionnement de l’organisation et dans son impact sur la société et l’environnement.
Firmin DANNON









