Une nouvelle attaque attribuée aux gangs armés a endeuillé Kenscoff, dans les hauteurs de Pétion-Ville, au sud de Port-au-Prince. Plus de quarante personnes auraient été tuées dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août. Des habitants ont également été blessés, enlevés ou contraints de fuir leurs maisons.
La nuit a viré au cauchemar à Kenscoff. Dans cette commune située sur les hauteurs de Pétion-Ville, les gangs armés ont lancé une nouvelle offensive qui aurait fait plus de 40 morts, selon le maire Massillon Jean cité par l’AFP. Les recherches se poursuivaient encore après l’attaque, laissant craindre un bilan plus lourd. Au-delà du nombre de victimes, cette nouvelle flambée de violence illustre surtout l’élargissement de l’emprise des groupes armés sur des zones qui étaient jusque-là relativement épargnées.
Un camp de déplacés pris pour cible
Selon les témoignages recueillis après l’assaut, des membres de gangs ont fait irruption dans un camp de personnes déplacées installé dans une église. Plusieurs habitants auraient été exécutés, tandis que d’autres ont été blessés ou enlevés.
Cette attaque contre des personnes déjà contraintes de fuir leurs quartiers souligne la gravité de la crise humanitaire en Haïti. Des familles qui avaient trouvé refuge à Kenscoff se retrouvent désormais confrontées à la même violence qu’elles tentaient précisément de fuir. Pour ces populations déplacées, l’espace censé offrir protection devient à son tour un lieu de danger.
« Une nuit de terreur »
Les récits des survivants donnent une dimension encore plus dramatique au bilan. Un homme d’une soixantaine d’années raconte avoir fui avec sa famille dès les premiers tirs. Pensant d’abord à une intervention policière, il a rapidement compris qu’il s’agissait des gangs. Pour échapper aux assaillants, la famille a dû escalader un mur avant de se cacher sous des tôles.
Ces témoignages montrent à quel point les habitants vivent désormais dans la peur permanente. La violence ne se limite plus aux affrontements entre groupes armés : elle pénètre directement dans les maisons, bouleverse les familles et transforme chaque bruit de tir en menace potentiellement mortelle.
Des familles brisées
Parmi les victimes figure le mari de Marlène, une mère de cinq enfants qui affirme avoir également perdu son frère. Selon son témoignage, des hommes armés ont forcé la porte de sa maison avant d’emmener son mari. Quelques heures plus tard, elle a retrouvé son corps.
Derrière les statistiques se trouvent donc des familles privées de leurs proches et parfois de leur principal soutien économique. Pour cette mère de cinq enfants, la tragédie est aussi sociale : la disparition de son mari signifie une incertitude supplémentaire sur la manière de nourrir, loger et scolariser ses enfants.
Le gouvernement promet des renforts
Face à l’ampleur du drame, le bureau du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a exprimé sa « profonde compassion » aux victimes et à leurs familles. Les autorités ont également annoncé l’envoi de renforts afin de reprendre le contrôle de Kenscoff.
Mais cette réponse intervient dans un contexte où les groupes armés cherchent depuis plusieurs mois à consolider leur présence dans la zone. L’enjeu dépasse donc le simple rétablissement ponctuel de l’ordre : il s’agit pour les autorités de démontrer qu’elles sont encore capables de protéger durablement les populations et de reprendre le contrôle des territoires menacés.
Kenscoff, nouveau symbole de l’insécurité
Cette attaque constitue un nouveau signal d’alarme pour Haïti. Alors que Port-au-Prince et plusieurs secteurs environnants sont déjà profondément affectés par la violence des gangs, l’extension de leurs opérations vers Kenscoff témoigne d’une situation sécuritaire toujours plus préoccupante.
Pour les habitants, les annonces de renforts ne suffiront pas à effacer le traumatisme. La priorité est désormais de sécuriser durablement les quartiers, retrouver les personnes disparues, assister les familles endeuillées et permettre aux populations déplacées de vivre à nouveau sans la peur constante des armes.
À Kenscoff, le bilan humain rappelle une nouvelle fois l’urgence de la crise haïtienne : lorsque les populations civiles deviennent les principales victimes, la bataille contre les gangs ne relève plus seulement de la sécurité, mais aussi de la survie d’une société entière.
Firmin DANNON









