Accueil / Veille Internationale / Cameroun : le sacre des Lionnes rallume le duel Eto’o–Mouelle Kombi

Cameroun : le sacre des Lionnes rallume le duel Eto’o–Mouelle Kombi

Le premier titre continental de l’histoire des Lionnes indomptables aurait dû être un moment d’unité nationale. Il révèle pourtant une vieille fracture du football camerounais : celle qui oppose la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) au ministère des Sports. Au cœur de cette nouvelle passe d’armes, un symbole hautement politique : le trophée remporté au Maroc et celui qui doit officiellement le présenter au sommet de l’État.

Une coupe, deux visions du pouvoir

Mardi, Samuel Eto’o a sollicité une audience auprès de Narcisse Mouelle Kombi afin qu’une délégation de la Fécafoot présente officiellement le trophée au ministre. Réponse négative le lendemain. Le ministre estime que la réception des championnes relève avant tout du président Paul Biya, présenté comme le seul détenteur de la « prérogative et du privilège solennel » de les honorer.

Derrière cette justification protocolaire se joue en réalité une question plus profonde : qui incarne le football camerounais lorsqu’une équipe nationale gagne ? Pour la Fécafoot, l’exploit appartient d’abord aux joueuses, à leur encadrement et à l’institution fédérale qui gère les sélections. Pour le ministère, les équipes nationales restent un patrimoine de l’État dont les grands succès doivent être célébrés dans le cadre institutionnel républicain.

Eto’o en retrait, la polémique en première ligne

Le contraste est saisissant. Alors que les Lionnes étaient accueillies comme des héroïnes, Samuel Eto’o s’est fait discret. Le président de la Fécafoot n’a été aperçu ni à l’aéroport ni lors de la parade organisée à Yaoundé. Le trophée lui a finalement été présenté au siège de la Fédération.

Cette absence alimente forcément les interrogations, dans un contexte déjà marqué par des rapports tendus entre la Fécafoot et le ministère des Sports. Le retour annoncé de Paul Biya au Cameroun donne également à cette séquence une dimension supplémentaire : la présentation du trophée devient un rendez-vous politique autant que sportif.

Le vrai enjeu dépasse le trophée

Les Lionnes ont écrit une page historique du football camerounais. Mais autour de leur victoire, un autre affrontement apparaît : celui de la visibilité, de l’autorité et de la reconnaissance institutionnelle.

Le plus grand risque serait que la bataille entre dirigeants finisse par éclipser celles qui ont réellement gagné le match. La coupe appartient d’abord aux Lionnes et au peuple camerounais. Aux institutions désormais de transformer ce sacre historique en moment d’unité, plutôt qu’en nouveau chapitre d’un conflit qui dure depuis des années.

Firmin DANNON

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *