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Diaspora béninoise : entre fierté, attentes et volonté d’agir

Reçus simultanément par téléphone ce lundi 7 septembre 2026 dans l’émission Actu Matin, animée par le Dr Thanguy AGOÏ, trois Béninois vivant à l’étranger ont livré leurs regards sur le lien qui les unit encore au Bénin, les politiques publiques en direction de la diaspora et la question sensible de leur place dans la vie nationale. Entre fierté, reconnaissance et frustrations persistantes, Fred Guédou, Rodrigue Dogblé et Gildas Hassidé appellent surtout à mieux organiser la contribution des Béninois de l’extérieur au développement du pays.

Partir du Bénin ne signifie pas nécessairement rompre avec ses racines. Pour Fred Guédou, locuteur sous-titreur à Radio-Canada à Montréal, le sentiment d’appartenance se nourrit d’abord de la culture. Depuis le Canada, la gastronomie, la musique et les productions artistiques béninoises prennent une dimension particulière. La pâte accompagnée de piment, qu’il consommait autrefois sans forcément y prêter attention, devient ainsi un véritable moment de fête lorsqu’il se retrouve loin de son pays. Cette distance transforme donc le regard porté sur des habitudes qui semblaient ordinaires lorsqu’il vivait au Bénin.

La technologie joue également un rôle majeur dans le maintien de ce lien. Grâce à Internet et aux chaînes accessibles à l’étranger, les Béninois de la diaspora peuvent suivre l’actualité culturelle et découvrir les nouveaux artistes qui émergent au pays. Le numérique réduit ainsi la distance géographique et permet à une communauté dispersée de continuer à participer, à sa manière, à la vie nationale.

À cette dimension culturelle s’ajoute une autre source de fierté : l’image du Bénin à l’extérieur. Fred Guédou estime que les transformations engagées ces dernières années, notamment dans le domaine touristique, contribuent à améliorer la perception du pays. Une évolution importante pour une diaspora qui observe aussi, depuis l’étranger, la manière dont le Bénin construit progressivement sa visibilité internationale.

Pour Gildas Hassidé, juriste en droit des affaires résidant en France et actuellement de passage à Cotonou, le sentiment d’être Béninois repose toutefois sur quelque chose de plus profond que les symboles administratifs. L’origine constitue, selon lui, un lien intrinsèque avec une communauté et une terre. Même après plusieurs années à l’étranger, l’expérience quotidienne rappelle que l’on n’est pas originaire du pays d’accueil et que ses propres racines se trouvent ailleurs.

Cette réalité explique aussi, selon lui, l’engouement suscité par les initiatives permettant aux Afro-descendants de renouer avec le Bénin. À ses yeux, cette dynamique traduit une quête universelle d’appartenance. La diaspora béninoise elle-même reste ainsi attachée au pays, notamment à travers les célébrations nationales et les manifestations patriotiques, qui entretiennent un sentiment de fierté collective.

Rodrigue Dogblé, maître de conférences en marketing durable et président de l’Association des Béninois de la Gironde, apporte une lecture davantage sociologique. Pour lui, être Béninois ne se limite pas à détenir un passeport. L’identité nationale se construit à travers l’éducation familiale, l’école, la culture et les politiques publiques. Son expérience associative en France illustre d’ailleurs une évolution significative : il y a quelques années encore, le Bénin était relativement méconnu. Aujourd’hui, estime-t-il, les différentes actions entreprises et la visibilité acquise par le pays commencent à changer cette perception.

Des attentes encore fortes envers l’État

Si les trois invités reconnaissent des avancées, ils ne cachent pas pour autant les attentes de la diaspora. Rodrigue Dogblé évoque notamment les initiatives de recensement des compétences béninoises vivant à l’étranger. Des listes avaient circulé afin d’identifier les profils, les diplômes et les expertises disponibles. Mais l’absence de retour concret a laissé certains participants dans l’interrogation.

Le problème dépasse d’ailleurs la seule question de l’emploi. Dogblé souligne les difficultés rencontrées par certains étudiants béninois en France et compare la situation avec les dispositifs mis en place par d’autres pays africains pour accompagner leurs ressortissants. Il insiste également sur les contraintes liées aux services consulaires. Pour une diaspora nombreuse, disposer de structures capables de répondre efficacement aux besoins administratifs demeure essentiel.

Fred Guédou partage une partie de ce constat, tout en reconnaissant une évolution depuis 2016. Il rappelle qu’auparavant, certains Béninois de l’extérieur avaient le sentiment d’être oubliés, notamment lorsqu’ils observaient les dispositifs d’accompagnement proposés aux ressortissants d’autres pays africains. Mais il relève aujourd’hui la mise en place de mécanismes comme la Banque de compétences de la diaspora et le Haut-Commissariat des Béninois de l’extérieur.

Pour lui, l’enjeu se situe désormais dans la communication et le suivi. Mettre en place des structures ne suffit pas : encore faut-il que les bénéficiaires connaissent leurs missions, les dispositifs disponibles et surtout les résultats obtenus. La diaspora veut savoir comment son expertise peut concrètement être mobilisée.

Le numérique rapproche la diaspora du Bénin

Sur le terrain administratif, les progrès liés à la digitalisation sont salués. Fred Guédou cite notamment la possibilité de réaliser certaines démarches à distance, comme le renouvellement du passeport ou l’obtention du casier judiciaire. Il évoque également les possibilités offertes aux Béninois de l’étranger pour investir dans l’immobilier ou entreprendre au pays.

Cette évolution change profondément le rapport entre la diaspora et l’État. Lorsque certaines démarches peuvent être effectuées sans effectuer systématiquement le déplacement vers Cotonou, la distance devient moins contraignante. Le défi consiste désormais à poursuivre cette modernisation tout en garantissant un accès simple et équitable aux services.

« Privilégiés » : un débat qui divise

La question la plus sensible abordée au cours de l’émission concerne la place accordée aux Béninois de la diaspora dans les responsabilités publiques. Certains Béninois vivant au pays estiment que les compétences venues de l’étranger bénéficient aujourd’hui d’un avantage particulier dans les nominations et les fonctions stratégiques.

Fred Guédou reconnaît que le constat peut sembler fondé, compte tenu de la présence de plusieurs profils issus de la diaspora dans les institutions publiques. Mais il invite à relativiser. Selon lui, ces personnalités restent très minoritaires par rapport à l’ensemble des Béninois vivant au pays. Il estime surtout que la valorisation de la diaspora peut constituer une opportunité plutôt qu’une menace pour les compétences locales.

Rodrigue Dogblé propose, lui, de sortir du simple débat entre « privilégiés » et « non-privilégiés ». À ses yeux, le véritable enjeu est celui de la compétence et de l’expérience internationale. Une personne ayant travaillé dans différents environnements peut apporter au Bénin des méthodes, des réseaux et des approches nouvelles. La diaspora devrait donc être considérée comme une réserve de compétences mobilisable au service du pays.

Son expérience universitaire l’amène d’ailleurs à favoriser les échanges de compétences. Même lorsqu’un retour définitif n’est pas possible, les mobilités internationales, les partenariats et les interventions ponctuelles peuvent permettre de transférer des connaissances vers le Bénin.

Pour Gildas Hassidé, cette responsabilité incombe aussi aux membres de la diaspora. Il ne suffit pas d’attendre que l’État vienne les chercher. Les Béninois de l’extérieur doivent également prendre des initiatives, identifier les opportunités et chercher eux-mêmes les moyens de contribuer au développement national.

Au-delà des divergences, un constat ressort de cet échange : la diaspora béninoise ne veut plus être perçue uniquement comme une source de transferts financiers. Elle représente également des compétences, des expériences professionnelles, des réseaux internationaux, des capitaux et une capacité d’influence.

L’enjeu pour le Bénin est désormais de transformer cette force dispersée en véritable levier de développement. Cela suppose des mécanismes transparents, une meilleure communication, un accompagnement adapté et surtout des espaces permettant aux compétences de la diaspora de dialoguer avec celles restées au pays.

Le débat ouvert dans Actu Matin montre finalement que la question n’est plus de savoir si les Béninois de l’extérieur appartiennent encore pleinement à leur pays. Pour les trois invités, cette appartenance ne fait aucun doute. La véritable question est désormais de savoir comment transformer cet attachement en actions concrètes au bénéfice du Bénin, sans opposer ceux qui sont partis à ceux qui sont restés.

Firmin DANNON

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