Paiement mobile, réseaux sociaux, e-commerce, formalisation des entreprises : la transformation digitale s’impose progressivement dans les habitudes des PME, artisans et auto-entrepreneurs béninois. Mais cette mutation, porteuse d’opportunités, expose aussi les acteurs à de nouveaux risques, notamment en matière de cybersécurité.
Le numérique n’est plus un simple outil complémentaire pour les petits entrepreneurs béninois. Il devient progressivement une composante essentielle de leur activité. C’est le constat dressé par Donatien Sowanou, journaliste et investigateur, invité par téléphone ce lundi 7 septembre 2026 dans l’émission Actu Matin, présentée par le journaliste Dr Thanguy AGOÏ sur Canal 3 Bénin. Au cœur des échanges : les effets de la transformation digitale sur les petites et moyennes entreprises et les auto-entrepreneurs.
Le Mobile Money, désormais au cœur de la relation commerciale
Dans les marchés, boutiques, ateliers et services de proximité, le paiement mobile s’est largement installé. Pour Donatien Sowanou, il est devenu « la règle » chez une grande partie des petits indépendants et prestataires de services.
Cette évolution répond d’abord à une réalité très concrète : le besoin de faciliter et de sécuriser les transactions. Le client n’a plus nécessairement besoin d’avoir de l’argent liquide sur lui, tandis que le commerçant évite les difficultés liées au manque de monnaie. Le paiement numérique réduit ainsi une source fréquente de friction au moment de l’achat.
Mais son intérêt va au-delà de la simple commodité. La possibilité de conserver une trace de la transaction constitue également un avantage pour le commerçant comme pour le client. En cas de contestation, cette traçabilité peut servir de preuve et contribuer à renforcer la confiance.
Le numérique transforme donc ici une opération banale — payer — en un mécanisme qui peut améliorer à la fois la rapidité, la sécurité et la relation avec le client.
WhatsApp et Instagram deviennent de nouvelles vitrines
La transformation ne s’arrête cependant pas au paiement. Les réseaux sociaux occupent désormais une place importante dans la stratégie commerciale des petits entrepreneurs.
Pour Donatien Sowanou, des outils comme WhatsApp Business ou Instagram permettent à certains entrepreneurs de vendre et de communiquer directement avec leurs clients sans disposer nécessairement d’une boutique physique ou d’un site internet coûteux.
Cette évolution est particulièrement importante pour les très petites entreprises. Avec un téléphone et une connexion internet, un commerçant peut présenter ses produits, recevoir des commandes, répondre aux clients et organiser les paiements. La vitrine commerciale se déplace ainsi progressivement de la rue vers l’écran du téléphone.
Cette démocratisation du numérique ouvre surtout l’accès au marché à des entrepreneurs qui disposent de moyens financiers limités. Mais elle crée aussi une nouvelle dépendance : lorsque l’activité commerciale repose sur une page ou un compte numérique, la perte de cet outil peut directement affecter le chiffre d’affaires.
Des PME encore vulnérables face aux cybermenaces
C’est l’un des paradoxes de cette transition. Plus les entrepreneurs investissent l’espace numérique, plus ils deviennent exposés aux risques qui l’accompagnent.
Le piratage de pages commerciales, le vol de comptes ou encore les fraudes peuvent fragiliser des activités qui reposent désormais fortement sur les plateformes numériques. La question de la cybersécurité devient donc indissociable de celle de la transformation digitale.
Le constat est simple : adopter le numérique sans apprendre à le sécuriser revient à construire une boutique sans en protéger la porte.
La formation des entrepreneurs apparaît dès lors comme une nécessité. Il ne suffit plus de savoir publier une annonce, utiliser WhatsApp ou recevoir un paiement mobile. Il faut également apprendre à protéger ses comptes, ses données et celles de ses clients.
Du numérique à la formalisation des entreprises
Pour l’invité de Canal 3, la transformation digitale doit également servir de levier pour accompagner le passage de l’informel vers le formel.
Les réseaux sociaux permettent certes de démarrer rapidement une activité, mais leur utilisation doit progressivement s’accompagner d’une meilleure organisation : gestion des ventes, suivi des transactions, marketing digital, administration et structuration de l’entreprise.
Cette formalisation est d’autant plus importante que le numérique laisse des traces. Les paiements électroniques, les commandes et les échanges commerciaux peuvent contribuer à une meilleure visibilité de l’activité économique. Le défi consiste donc à transformer cette présence numérique en véritable outil de gestion et de croissance.
Aller au-delà des grandes villes
La transformation digitale ne pourra toutefois produire tous ses effets si elle reste concentrée dans les centres urbains. Pour Donatien Sowanou, l’accompagnement doit atteindre les entrepreneurs des différentes régions du pays.
Il préconise notamment une couverture réseau plus stable, un coût de connexion abordable et la mise en place de centres régionaux d’incubation ou de caravanes de sensibilisation. Autre piste jugée importante : proposer les formations dans les langues nationales afin de rapprocher les outils numériques des réalités locales.
Cette approche est essentielle. La fracture numérique ne se mesure pas uniquement à la possession d’un smartphone. Elle se mesure aussi à la capacité de comprendre, utiliser et rentabiliser les outils numériques.
Les pouvoirs publics appelés à accompagner la mutation
L’État, les incubateurs et les structures d’accompagnement ont donc un rôle déterminant à jouer. Selon l’invité, des mécanismes d’appui ou de subvention pourraient notamment permettre aux très petites entreprises d’acquérir leurs premiers équipements informatiques.
L’enjeu dépasse finalement la seule modernisation du commerce. Il s’agit de permettre à une nouvelle génération d’entrepreneurs de gagner en productivité, d’élargir leur clientèle et de mieux structurer leurs activités.
Au Bénin, le numérique est déjà entré dans le quotidien des petits entrepreneurs. Le véritable défi est désormais de faire en sorte que cette révolution commerciale soit inclusive, sécurisée et durable.
Firmin DANNON









