Au Bénin, la Journée mondiale des enseignants a été célébrée ce lundi 5 octobre 2026. Pourtant, sur le terrain, l’événement est passé presque inaperçu pour plusieurs enseignants. Interrogés par la rédaction d’Inf’au Zénith, Marc Agblo et Nadia Segla livrent un regard sans détour sur cette célébration, marquée par l’absence d’activités particulières, une journée de travail ordinaire et des attentes en matière de reconnaissance.
Le 5 octobre est consacré aux enseignants à travers le monde. Cette journée vise à reconnaître leur contribution à l’éducation et au développement des nations. Pourtant, derrière les discours officiels et les principes, la réalité vécue dans les établissements scolaires peut être bien différente. Pour certains enseignants béninois, cette date ressemble encore à une journée de travail comme les autres.
« Le métier qui fait les autres métiers »
Pour Marc Agblo, enseignant de français au collège d’Agbocanta, le rôle de l’enseignant dépasse largement la simple transmission des connaissances. Il est au point de départ de nombreuses professions et, plus largement, de la construction d’une société.
L’enseignant forme le médecin, l’ingénieur, le banquier ou encore le responsable politique de demain. Cette réalité explique, selon lui, pourquoi l’éducation doit rester au cœur des priorités nationales. Un pays qui ambitionne de se développer ne peut donc pas négliger ceux qui participent quotidiennement à la formation de ses ressources humaines.
Mais c’est justement sur ce point que son constat devient plus critique. Pour lui, la Journée mondiale des enseignants n’a pas réellement produit d’effet visible dans son établissement.
Une journée passée presque comme les autres
À Agbocanta, raconte Marc Agblo, les cours se sont déroulés normalement. Après la cérémonie des couleurs, aucun moment particulier n’a été organisé pour les enseignants. Pas de message officiel, pas d’échange spécifique avec l’administration, pas de rencontre consacrée à leurs préoccupations.
« On ne sent même pas qu’il y a eu une journée dédiée à l’enseignant », regrette-t-il en substance.
Ce constat est révélateur d’un décalage. Créer une journée internationale est une chose. Lui donner une véritable portée dans les établissements en est une autre. Pour Marc Agblo, le problème n’est d’ailleurs pas l’absence de cadeaux. Il estime plutôt que cette journée devrait être l’occasion de reconnaître le travail des enseignants, mais aussi d’ouvrir une réflexion sur leurs conditions de vie et de travail.
Autrement dit, le 5 octobre ne devrait pas seulement être symbolique. Il pourrait devenir un véritable rendez-vous de réflexion sur l’école, ses difficultés et les moyens de la rendre plus performante.
Nadia Segla : « Elles sont mitigées »

Le témoignage de Nadia Segla, enseignante de français, rejoint celui de son collègue, même si son ton est différent. Elle se réjouit d’abord de l’existence de cette journée. Pour elle, le fait que les décideurs aient consacré une date aux enseignants constitue déjà une forme de reconnaissance.
Mais cette satisfaction reste partielle. Car le 5 octobre n’étant pas une journée chômée, elle l’a passée en classe, auprès de ses élèves.
Son souhait est donc plus précis : faire de cette journée un véritable moment de réflexion. Elle imagine notamment une journée chômée, accompagnée d’une conférence autour d’une thématique consacrée à l’éducation et aux enseignants.
Cette proposition traduit une attente plus profonde : les enseignants ne demandent pas seulement d’être célébrés, ils veulent aussi être entendus.
Au-delà des cadeaux, la reconnaissance
Les deux témoignages permettent ainsi de distinguer la célébration de la reconnaissance. Offrir un cadeau ou organiser une réception peut marquer symboliquement l’événement. Mais cela ne règle pas les préoccupations liées au métier.
Pour Marc Agblo, l’essentiel est ailleurs : mieux valoriser l’enseignant et lui donner les moyens nécessaires pour exercer correctement sa mission. Un enseignant qui travaille dans de bonnes conditions peut davantage se consacrer à ses élèves et à la qualité de son enseignement.
Nadia Segla va dans le même sens lorsqu’elle rappelle la contribution quotidienne des enseignants au développement national. Malgré les difficultés et les contraintes du métier, ils restent chargés d’une mission essentielle : préparer les générations futures.
Faire du 5 octobre un véritable rendez-vous
Les témoignages recueillis posent finalement une question simple : quelle place veut-on réellement accorder à l’enseignant dans la société béninoise ?
La Journée mondiale des enseignants pourrait être davantage qu’une date inscrite au calendrier. Elle pourrait devenir un espace annuel de dialogue entre enseignants, responsables éducatifs et pouvoirs publics. Une occasion de dresser le bilan, d’écouter les préoccupations du corps enseignant et de réfléchir aux solutions.

Pour Nadia Segla, les autorités doivent désormais « revoir leur portefeuille » afin de rendre cette journée plus belle et plus attrayante. Derrière cette formule se trouve une revendication plus large : que la reconnaissance de l’enseignant ne reste pas uniquement dans les discours.
Car si l’enseignant forme ceux qui feront fonctionner la société demain, le considérer aujourd’hui comme un acteur central du développement devrait aller de soi. Le 5 octobre pourrait alors devenir, au Bénin, non seulement une journée pour célébrer les enseignants, mais surtout une journée pour réfléchir sérieusement à leur avenir et à celui de l’école.
Firmin DANNON









