La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a enregistré 3 849 plaintes et procès-verbaux au cours de l’année judiciaire 2025-2026, contre 3 067 un an plus tôt. À la rentrée solennelle du 12 octobre 2026 à Cotonou, le procureur spécial, Elonm Mario Metonou, a mis en avant cette hausse pour souligner la sollicitation croissante de la juridiction, tout en défendant une justice pénale qui associe efficacité répressive et respect des droits humains.
La CRIET est de plus en plus sollicitée. Au cours de l’année judiciaire 2025-2026, la juridiction a reçu 3 849 plaintes et procès-verbaux, contre 3 067 lors de l’exercice précédent. Cela représente 782 dossiers supplémentaires, soit une progression de 25,5 %. Présentés par le procureur spécial, Elonm Mario Metonou, le 12 octobre 2026 à Cotonou, ces chiffres illustrent l’augmentation des affaires portées devant cette juridiction spécialisée.
Cette progression intervient dans un contexte où la CRIET suscite des appréciations contrastées au sein de l’opinion publique. Si certains saluent son rôle dans la lutte contre la criminalité économique et le terrorisme, d’autres critiquent la sévérité de certaines réquisitions du parquet spécial. Le bilan présenté à la rentrée judiciaire prend ainsi une dimension particulière : il met en lumière une institution fortement sollicitée, mais dont les méthodes et les décisions continuent d’alimenter le débat.
Une juridiction de plus en plus sollicitée
Pour Elonm Mario Metonou, l’augmentation des plaintes traduit notamment le recours croissant des citoyens à la CRIET. « Pourtant, elle n’a jamais été autant sollicitée par nos concitoyens », a-t-il fait observer, en évoquant les perceptions parfois négatives de la juridiction.
Le procureur spécial a notamment relevé le paradoxe entre l’image d’une institution jugée excessivement répressive par certains observateurs et le nombre croissant de personnes qui la saisissent. Cette situation soulève une question essentielle : comment interpréter cette hausse ? Elle peut témoigner d’un recours accru à la justice spécialisée, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à mesurer la confiance des citoyens, l’évolution de la criminalité ou l’efficacité de la réponse judiciaire.
Pour apprécier pleinement ce bilan, il faudrait également connaître la nature des plaintes reçues, le nombre d’affaires effectivement poursuivies, les décisions rendues et les dossiers encore en cours. Le volume des saisines constitue donc un indicateur important de l’activité de la CRIET, sans résumer à lui seul ses performances.
« Vingt ans de prison » : le procureur répond aux critiques
La question de la sévérité des réquisitions a occupé une place particulière dans le discours d’Elonm Mario Metonou. Avant la rentrée solennelle, le choix du thème consacré à l’humanisation de la justice pénale avait suscité des commentaires ironiques, certains estimant paradoxal que le procureur spécial de la CRIET défende un tel sujet.
Le magistrat a rapporté ces réactions en ces termes : « Vous êtes un provocateur parce qu’au bout de la lorgnette quelque peu déformée de plusieurs observateurs de la justice béninoise, le Procureur spécial près la CRIET ne se sait requérir que vingt ans d’emprisonnement ferme. »
En évoquant ces critiques, le procureur spécial a choisi de ne pas esquiver le débat sur la place de la sévérité dans la justice pénale. Son message consiste à rappeler que la mission du parquet ne peut se limiter à la recherche de sanctions lourdes. La lutte contre les infractions doit également tenir compte des règles de procédure, des droits fondamentaux et de la dignité des personnes concernées.
Cette prise de position ne met pas fin aux interrogations sur les réquisitions du parquet spécial. Elle montre toutefois que la question de la proportionnalité des sanctions mérite d’être examinée au-delà des seules durées d’emprisonnement, à partir des faits reprochés, du droit applicable et des décisions rendues par les juridictions compétentes.
Corruption, cybercriminalité et terrorisme au cœur des préoccupations
Créée par la loi du 2 juillet 2018, la CRIET est chargée de réprimer les infractions économiques et le terrorisme. Elle intervient notamment dans des affaires liées à la corruption, aux atteintes aux finances publiques et à la cybercriminalité, ainsi que dans les dossiers relevant de sa compétence en matière de terrorisme.
Elonm Mario Metonou a rappelé que la sécurité constitue une condition essentielle à l’exercice des libertés. « La première des libertés, c’est la sécurité », a-t-il déclaré, en évoquant les menaces auxquelles le Bénin est confronté, notamment la grande corruption, les activités cybercriminelles et le terrorisme dans les départements du Nord.
Cette exigence de sécurité justifie, selon cette approche, une action judiciaire capable de poursuivre les auteurs d’infractions et de protéger les intérêts de la collectivité. Mais la nécessité de combattre ces menaces ne dispense pas la justice de respecter les garanties fondamentales. L’enjeu est précisément de poursuivre efficacement les infractions sans fragiliser les principes qui fondent l’État de droit.
Humaniser la justice sans affaiblir la répression
Placée sous le thème « Humaniser la justice pénale : entre protection des droits humains et efficacité répressive », la rentrée solennelle 2026-2027 a mis en avant une question centrale pour l’institution judiciaire : comment sanctionner avec fermeté sans perdre de vue la condition humaine des justiciables ?
Pour le procureur spécial, le risque serait de laisser les procédures et les statistiques prendre le pas sur les personnes. Chaque dossier concerne des individus, des victimes, des familles et des conséquences humaines qui ne peuvent être ignorées. Une justice humaine doit donc rester attentive aux droits de chacun, sans banaliser la gravité des infractions ni la souffrance des victimes.
« Plus le glaive est affûté, plus le bras qui le manie doit être habité par la sagesse », a affirmé Elonm Mario Metonou. Cette formule résume sa conception d’une justice dont la puissance doit s’accompagner de discernement. La fermeté demeure nécessaire face à la criminalité, mais elle doit s’exercer dans le respect de la loi et des droits de la défense.
Au-delà des discours, cet équilibre se jugera dans la pratique : la qualité des enquêtes, le respect des procédures, la motivation des décisions et l’adéquation des sanctions aux infractions commises. C’est à ces conditions que l’efficacité répressive peut se concilier avec les exigences d’une justice équitable.
Avec 3 849 plaintes et procès-verbaux enregistrés en un an, la CRIET affiche une activité en hausse. Mais cette progression pose aussi un défi à la juridiction : répondre à l’augmentation des saisines tout en préservant la qualité du traitement des affaires. À l’ouverture de cette nouvelle année judiciaire, le message d’Elonm Mario Metonou est donc double : maintenir la lutte contre les infractions graves et veiller à ce que la fermeté de la justice ne se transforme jamais en renoncement à ses principes.
Firmin DANNON









