Depuis le 1er octobre 2026, la mairie de Parakou a renforcé la lutte contre les animaux en divagation. Les bêtes capturées sont conduites en fourrière et leurs propriétaires doivent payer une amende de 10 000 FCFA par animal pour les récupérer, selon le directeur des affaires domaniales et environnementales de la mairie. Mais entre habitudes d’élevage, manque d’infrastructures et urbanisation, le défi reste entier.
À Parakou, la mairie entend mettre fin à la présence incontrôlée des animaux sur les voies et les places publiques. Depuis le 1er octobre 2026, l’administration communale est passée à une phase répressive dans le cadre de son opération de lutte contre la divagation des bêtes. Au 13 octobre, les premières interventions auraient déjà produit des résultats, avec une diminution du phénomène dans les quartiers parcourus par les équipes municipales.
Invité de l’émission Dossier du matin sur Canal 3 Bénin, Boris Mohamed FATIOU, directeur des affaires domaniales et environnementales de la mairie de Parakou, a défendu cette opération et expliqué ses modalités. Pour lui, il s’agit avant tout de faire respecter les règles d’hygiène publique et de protéger le cadre de vie des habitants.
Une opération renforcée depuis le 1er octobre
La lutte contre la divagation des animaux n’est pas nouvelle à Parakou. Pourtant, le phénomène persiste malgré les différentes opérations engagées par les équipes municipales au fil des mandatures. Cette fois, la mairie affirme avoir franchi une nouvelle étape en procédant à la capture des bêtes retrouvées en divagation et à leur mise en fourrière.
« Au 13 octobre 2026, nous pouvons affirmer que la divagation des animaux a sensiblement diminué dans les quartiers sillonnés », déclare Boris Mohamed FATIOU.
Le responsable communal se félicite également de l’engagement des agents mobilisés sur le terrain et du soutien exprimé par certains habitants. Il estime toutefois que la durabilité des résultats dépendra de la continuité des opérations et du suivi assuré par les services municipaux.
Cette précision est importante : une diminution observée dans les quartiers visités ne signifie pas nécessairement que le phénomène a disparu dans toute la ville. Pour mesurer l’efficacité réelle de la campagne, la mairie devra notamment suivre le nombre d’animaux capturés, les récidives, les quartiers concernés et l’évolution de la situation sur plusieurs semaines.
La loi interdit la divagation des animaux
Pour justifier son intervention, Boris Mohamed FATIOU invoque la loi n° 2022-04 du 16 février 2022 sur l’hygiène publique en République du Bénin. Il cite notamment son article 21, qui interdit de laisser les animaux divaguer sur les voies et les places publiques.
« Ce n’est donc pas une opération clandestine que la mairie est en train de mener », insiste-t-il.
L’argument de la mairie repose sur une distinction essentielle : posséder des animaux et pratiquer l’élevage ne dispense pas les propriétaires de leurs responsabilités dans l’espace public. Une bête laissée sans surveillance peut gêner la circulation, provoquer des accidents ou porter atteinte à la sécurité des personnes et des biens.
Dans une ville en pleine évolution, la gestion des animaux devient également une question d’aménagement urbain. Les routes, les espaces publics et les zones d’habitation ne peuvent être utilisés sans tenir compte des règles qui organisent la vie collective.
La difficulté consiste néanmoins à faire appliquer ces règles de manière durable, sans ignorer les réalités économiques des ménages qui dépendent de l’élevage.
Les bêtes ne sont pas abattues, assure la mairie
Interrogé sur le sort des animaux capturés, le directeur des affaires domaniales et environnementales affirme que la stratégie actuelle ne prévoit pas leur abattage.
« Nous n’abattons pas les bêtes, mais nous les attrapons pour faire comprendre aux propriétaires que la divagation des animaux est interdite par la loi en République du Bénin », précise-t-il.
Cette déclaration intervient alors que le journaliste rappelle que, par le passé, des informations faisaient état de l’abattage d’animaux saisis par la mairie, dont la viande aurait été destinée à la prison civile.
Boris Mohamed FATIOU répond que la municipalité applique désormais une autre méthode. Les bêtes sont conduites en fourrière et les propriétaires doivent se rapprocher de l’administration pour accomplir les formalités nécessaires à leur récupération.
La mise en fourrière constitue ainsi l’instrument central de la stratégie actuelle. Elle permet à la mairie de sanctionner la divagation sans recourir à l’abattage, tout en obligeant les propriétaires à assumer les conséquences de la présence de leurs animaux sur la voie publique.
Une amende de 10 000 FCFA par animal
À Parakou, l’administration communale a fixé une amende de 10 000 FCFA par bête pour les propriétaires qui laissent leurs animaux divaguer dans la ville, selon les explications données par le responsable municipal.
Toutefois, Boris Mohamed FATIOU reconnaît que la loi citée au cours de l’entretien ne précise pas le montant d’une telle amende.
« La loi est restée muette sur les amendes », explique-t-il.
Cette déclaration soulève une question importante de sécurité juridique. La mairie affirme avoir arrêté un montant applicable localement, mais la base juridique exacte de cette sanction, notamment l’acte communal qui la fixe et les modalités de son application, mérite d’être clairement précisée.
Pour les propriétaires, il est essentiel de connaître les règles applicables, les frais éventuels de fourrière, les conditions de récupération des animaux et les voies de recours possibles. La transparence sur ces éléments peut contribuer à prévenir les contestations et à renforcer l’adhésion de la population à l’opération.
L’efficacité de la sanction dépendra aussi de sa mise en œuvre régulière. Si les contrôles s’interrompent ou si les récidives restent sans conséquence, les propriétaires pourraient rapidement reprendre leurs anciennes habitudes.
Pourquoi le phénomène persiste-t-il malgré les sanctions ?
Si plusieurs équipes municipales se sont déjà attaquées à la divagation des animaux, pourquoi le problème revient-il régulièrement ? Pour Boris Mohamed FATIOU, plusieurs facteurs expliquent cette difficulté.
Le premier est économique. Dans certains ménages, l’élevage traditionnel représente une source importante de revenus. Faute de moyens suffisants pour acheter du fourrage ou construire des enclos adaptés, certains propriétaires laissent leurs animaux chercher eux-mêmes leur nourriture.
« Faute de moyens pour acheter du fourrage ou aménager des enclos, laisser les bêtes pâturer dans la rue et les places publiques constitue une solution de facilité économique », explique-t-il.
Le deuxième facteur tient à la continuité des opérations. Selon le responsable municipal, les campagnes sont parfois menées par périodes. Lorsque les contrôles diminuent, la vigilance s’affaiblit et les comportements interdits réapparaissent.
À cela s’ajoutent les moyens limités de la municipalité : effectifs insuffisants, matériel de capture adapté et infrastructures nécessaires à la prise en charge des animaux. Sans un dispositif opérationnel durable, même une campagne répressive peut perdre progressivement son efficacité.
L’urbanisation face aux pratiques traditionnelles
L’un des principaux défis réside dans la transformation de la ville. À mesure que Parakou s’étend, les zones périphériques autrefois utilisées pour le pâturage se réduisent. Les éleveurs se retrouvent alors confrontés à un environnement urbain plus dense, où la circulation et les activités humaines laissent moins de place aux animaux.
Le journaliste souligne cette contradiction : les pratiques d’élevage transmises de génération en génération se heurtent désormais aux exigences d’une ville en pleine urbanisation. Pour certains ménages, changer de méthode suppose des investissements qu’ils ne peuvent pas toujours assumer.
Boris Mohamed FATIOU répond que l’évolution de la ville impose à chacun de s’adapter aux règles collectives.
« Quand vous choisissez de faire l’élevage en ville, vous devriez quand même respecter les règles qui encadrent le cadre de vie », affirme-t-il.
Il rappelle que l’activité d’élevage ne doit pas compromettre la sécurité des personnes et des biens ni gêner les autres habitants.
Sur le fond, les deux réalités doivent être prises en compte : la nécessité de protéger l’espace public et celle de tenir compte des moyens dont disposent les éleveurs. L’application des sanctions peut freiner la divagation, mais des solutions complémentaires pourraient faciliter le changement de pratiques.
L’identification de zones de pâturage adaptées, la sensibilisation des propriétaires, l’accompagnement vers des enclos sécurisés et le dialogue entre la mairie et les éleveurs pourraient notamment contribuer à réduire les récidives, à condition que les moyens et les espaces nécessaires soient disponibles.
Une lutte qui devra s’inscrire dans la durée
La mairie de Parakou affiche sa volonté de poursuivre les opérations. Les premiers résultats annoncés sont encourageants pour les quartiers concernés, mais la véritable épreuve sera la durée. Une campagne ponctuelle ne suffira pas si les causes économiques, matérielles et foncières du phénomène restent sans réponse.
La réussite dépendra donc de plusieurs éléments : la régularité des contrôles, la clarté des sanctions, la disponibilité des infrastructures de fourrière et la capacité des propriétaires à adopter des pratiques compatibles avec la vie urbaine.
La question n’est pas seulement de capturer les animaux qui divaguent. Il s’agit aussi de prévenir leur retour dans les rues et de trouver un équilibre entre les activités d’élevage et la sécurité des habitants.
À Parakou, le message de la mairie est clair : la divagation des animaux n’est plus tolérée dans l’espace public. Reste désormais à transformer cette fermeté affichée en changement durable, grâce à une application transparente des règles et à des solutions adaptées aux réalités des éleveurs.
Firmin DANNON









