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CAN 2028 : l’Éthiopie face au test décisif de la CAF

L’Éthiopie veut accueillir la Coupe d’Afrique des nations 2028, mais son ambition se heurte à deux défis majeurs : des infrastructures encore insuffisantes et un contexte sécuritaire tendu. La visite d’inspection de la Confédération africaine de football (CAF), effectuée à Addis-Abeba le jeudi 15 octobre 2026, marque une étape importante dans l’évaluation de sa candidature. Le pays devra désormais démontrer que ses promesses peuvent se traduire en garanties concrètes.

Des ambitions à l’épreuve du terrain

La course à l’organisation de la CAN 2028 entre dans une phase déterminante. Après avoir officiellement déposé son dossier en août dernier, l’Éthiopie accueille une délégation de la CAF chargée d’examiner ses installations et ses projets. L’objectif est de vérifier si le pays dispose des moyens nécessaires pour organiser une compétition qui réunira 24 sélections nationales.

Cette inspection ne se limite pas à une simple visite des stades. Elle doit permettre d’évaluer l’ensemble du dispositif prévu pour accueillir les équipes, les arbitres, les officiels et les supporters. Terrains d’entraînement, hébergements, transports, équipements sportifs et organisation logistique constituent autant de points à examiner.

Pour l’Éthiopie, l’enjeu est donc considérable. Déposer une candidature témoigne d’une ambition, mais convaincre la CAF exige des infrastructures opérationnelles, des engagements financés et un calendrier de réalisation crédible. Les projets annoncés devront résister à l’épreuve des faits.

Les infrastructures, le principal chantier

Sur le plan des équipements sportifs, l’Éthiopie part avec des défis importants. Au moment du dépôt de sa candidature, le pays ne disposait que d’un seul stade homologué par la CAF, le Bahir Dar Stadium, dont l’autorisation était provisoire. Une situation qui souligne l’ampleur du travail à accomplir pour répondre aux exigences d’une compétition continentale de cette dimension.

Le projet de l’Adey Abeba International Stadium, annoncé avec une capacité d’environ 62 000 places, représente une pièce maîtresse du dossier éthiopien. Une enceinte de cette envergure pourrait offrir un cadre adapté aux grandes affiches de la compétition. Toutefois, la capacité d’un stade ne suffit pas à garantir la réussite d’une CAN.

Le pays doit également prévoir plusieurs sites d’entraînement répondant aux normes requises, des hébergements adaptés, des déplacements fluides entre les installations et des services capables de supporter l’affluence attendue. À cela s’ajoutent les exigences en matière de sécurité, de santé et d’accueil du public.

Le véritable défi sera donc de transformer les projets en équipements disponibles dans les délais. Si les travaux prennent du retard ou si les installations ne répondent pas aux normes exigées, l’ambition éthiopienne pourrait être fragilisée. La visite des experts doit précisément permettre d’apprécier l’écart entre les engagements annoncés et les capacités réelles du pays.

Un héritage footballistique qui nourrit l’ambition

L’Éthiopie ne manque pourtant pas d’arguments historiques. Membre fondateur de la CAF, elle a participé à la première édition de la Coupe d’Afrique des nations en 1957. Elle a ensuite accueilli le tournoi en 1962, 1968 et 1976.

L’année 1962 reste particulièrement marquante : devant son public, la sélection éthiopienne avait remporté le titre continental. Cet héritage nourrit aujourd’hui la volonté du pays de retrouver une place de premier plan dans le football africain, cette fois en accueillant les meilleures équipes du continent.

Mais l’histoire ne remplace pas les exigences actuelles. Le football africain a évolué, tout comme les standards d’organisation de la CAN. Avec 24 équipes, la compétition demande une capacité d’accueil, une coordination et des infrastructures bien plus importantes qu’autrefois. Pour Addis-Abeba, le passé constitue un argument de prestige, tandis que la réussite de la candidature dépendra avant tout de la préparation présente.

La sécurité, une autre source d’inquiétude

Au-delà des infrastructures, la situation sécuritaire représente un autre point de vigilance. Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée connaissent de nouvelles tensions, dans un contexte marqué par l’instabilité persistante dans le nord de l’Éthiopie et les inquiétudes autour de la région du Tigré.

Des informations font état d’opérations militaires et de frappes de drones dans cette partie du pays. Addis-Abeba accuse notamment son voisin d’incursions sur son territoire, tandis qu’Asmara rejette ces accusations. Cette situation alimente les craintes d’une nouvelle escalade entre les deux États.

Pour une compétition internationale, la sécurité ne peut être considérée comme un détail. Les autorités doivent pouvoir garantir la protection des joueurs, des délégations officielles, des supporters et des équipes d’organisation. La stabilité des déplacements, la sécurisation des sites et la capacité à gérer d’éventuels incidents sont également essentielles.

Il convient toutefois de distinguer les tensions dans le nord du pays des conditions de sécurité propres aux villes et aux sites susceptibles d’accueillir les rencontres. L’évaluation de la CAF devra notamment déterminer les risques réels, leur localisation et les mesures prévues pour y répondre. L’enjeu est d’apprécier la capacité du pays à assurer le bon déroulement de la compétition, sans se limiter aux seules déclarations politiques.

L’Afrique du Sud et le Zimbabwe également en lice

L’Éthiopie n’est pas seule dans cette course. L’Afrique du Sud et le Zimbabwe portent une candidature commune pour accueillir la CAN 2028, après le retrait du Botswana de leur projet à la fin du mois de septembre.

Cette candidature conjointe repose notamment sur l’expérience sud-africaine dans l’organisation de grands événements sportifs. Le pays a accueilli la Coupe du monde de football en 2010 et dispose d’infrastructures susceptibles de contribuer à l’organisation d’une compétition continentale. Le Zimbabwe apporte, de son côté, sa participation au projet commun.

Une candidature portée par plusieurs pays peut permettre de répartir les rencontres et de mobiliser des installations déjà existantes. Elle suppose cependant une coordination étroite entre les différentes autorités, notamment pour les déplacements, la sécurité et la gestion des équipes.

Face à cette option, l’Éthiopie doit faire la démonstration de sa capacité à répondre seule aux exigences de l’événement, ou à présenter des garanties suffisamment solides pour convaincre les responsables de la CAF. Les deux dossiers devront être appréciés selon les critères applicables à l’organisation de la compétition.

Le rapport de la CAF très attendu

La visite d’inspection du 15 octobre constitue une étape importante, mais elle ne signifie pas que l’Éthiopie a obtenu l’organisation de la CAN 2028. Les conclusions des experts permettront d’évaluer l’état des infrastructures, la crédibilité des projets et les garanties présentées par les autorités.

Pour Addis-Abeba, les prochains mois seront déterminants. Le pays devra montrer que ses installations peuvent être livrées dans les délais, que les équipements répondent aux normes et que la sécurité peut être assurée pendant toute la durée du tournoi.

Au-delà du prestige, l’organisation d’une CAN représente aussi une occasion de développer les infrastructures sportives, de stimuler l’activité économique et de renforcer l’attractivité d’un pays. Mais ces retombées potentielles ne peuvent être dissociées des investissements nécessaires et des responsabilités qu’impose un tel événement.

L’Éthiopie joue donc une partie importante de son avenir sportif. Son histoire et son ambition lui donnent des raisons de croire à son projet. Reste à apporter les preuves attendues par la CAF. Car, dans la course à la CAN 2028, ce ne sont pas seulement les promesses qui comptent, mais surtout la capacité à les concrétiser.

Firmin DANNON

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