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Bio-intrants en Afrique : huit pays cherchent des solutions au Bénin

Réunis à Cotonou dans le cadre du projet BIO-PACT, les représentants de huit pays africains poursuivent, ce mardi 20 octobre 2026, leurs réflexions sur les moyens de lever les obstacles à l’utilisation des bio-intrants. Après un premier diagnostic présenté lundi, les travaux se concentrent désormais sur les contraintes propres à chaque pays et les solutions communes pour développer ces alternatives agricoles.

La promotion des bio-intrants s’impose progressivement comme un enjeu majeur pour l’avenir de l’agriculture africaine. Au Bénin, les travaux de l’Atelier immersif régional du projet BIO-PACT, consacré au « Partenariat Sud-Sud sur les Bio-Intrants », se poursuivent ce mardi 20 octobre avec une nouvelle étape : confronter les réalités nationales et identifier des leviers d’action adaptés aux besoins des producteurs. Le Bénin, le Burkina Faso, le Kenya, le Libéria, le Malawi, le Mozambique, la Sierra Leone et le Togo prennent part à cette rencontre organisée du 19 au 23 octobre 2026.

L’objectif est de dépasser le simple constat des difficultés pour dégager des pistes concrètes susceptibles de favoriser l’accès aux bio-intrants et leur adoption dans les exploitations agricoles. Dans un contexte marqué par l’appauvrissement des sols, la perte de biodiversité et les effets de la variabilité climatique, ces produits représentent une possibilité de renforcer la durabilité des systèmes de production. Mais leur potentiel reste difficile à exploiter tant que les obstacles économiques, techniques et réglementaires persistent.

Mardi, place aux contraintes et aux solutions communes

Après les premières présentations, les travaux de ce mardi mettent l’accent sur le diagnostic des difficultés rencontrées dans chaque pays. Les délégations sont appelées à approfondir les contraintes nationales avant de confronter leurs analyses en plénière. Cette démarche doit permettre de mieux comprendre les réalités du terrain, car les conditions de production, les circuits de distribution et les dispositifs réglementaires ne sont pas nécessairement les mêmes d’un pays à l’autre.

Les participants abordent également les leviers d’action partagés à travers des groupes thématiques réunissant plusieurs pays. Cette approche favorise la comparaison des expériences et la recherche de réponses communes. Elle pourrait notamment contribuer à identifier les pratiques à valoriser, les besoins de renforcement des capacités et les pistes de coopération régionale pour améliorer la disponibilité et l’utilisation des bio-intrants.

L’enjeu est important : disposer de produits sur le marché ne suffit pas à garantir leur adoption par les agriculteurs. Encore faut-il que ces produits soient accessibles financièrement, adaptés aux besoins des cultures et accompagnés de conseils techniques fiables. Les échanges de ce mardi doivent ainsi aider à rapprocher les solutions envisagées des réalités quotidiennes des exploitations agricoles.

Lundi, un diagnostic qui révèle un marché encore fragile

La journée du lundi 19 octobre a été consacrée au lancement officiel de l’atelier, à la présentation des objectifs du projet et à l’état des lieux du secteur des bio-intrants. Les participants ont notamment suivi des communications sur la recherche au Bénin, la production et la distribution par le secteur privé ainsi que les avancées enregistrées dans la sous-région. Des partenaires institutionnels et techniques ont également pris part aux échanges, avant les présentations nationales des huit pays participants.

L’un des enseignements majeurs de cette première journée est que le marché des bio-intrants reste encore embryonnaire dans les pays étudiés. Les résultats du diagnostic font état de quatre catégories présentes dans les différents marchés : les bio-amendements, les biofertilisants, les biostimulants et les biopesticides. Toutefois, leur présence ne signifie pas que leur production, leur distribution et leur utilisation sont suffisamment développées pour répondre aux besoins des exploitants.

L’offre repose notamment sur la production nationale et les importations pour les bio-amendements, les biofertilisants et les biopesticides. Les biostimulants semblent, quant à eux, davantage dépendre des approvisionnements extérieurs. Cette situation les expose particulièrement aux variations de coûts et aux retards de livraison. Pour les pays concernés, le développement de capacités locales de production pourrait donc constituer une piste à explorer, sous réserve de garantir la qualité et l’efficacité des produits.

Disponibilité ne signifie pas adoption

Le diagnostic présenté lundi met également en évidence un décalage entre l’existence de l’offre et le niveau d’utilisation des bio-intrants dans les exploitations agricoles. Selon les réponses recueillies, 18 % des répondants estiment que ces produits sont utilisés dans moins de 20 % des exploitations. Parmi ces répondants, 39 % situent même leur utilisation à moins de 5 % des exploitations.

Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence : ils proviennent d’estimations déclarées par les répondants et non de mesures directes réalisées auprès des exploitations agricoles. Ils donnent néanmoins une indication des difficultés d’adoption rapportées dans les pays étudiés.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart. Le prix des produits, leur accessibilité, les doutes sur leur efficacité et les questions liées au contrôle de leur qualité figurent parmi les obstacles identifiés. À cela s’ajoute le besoin de renforcer le conseil agricole et les démonstrations sur le terrain. Pour convaincre les producteurs, il ne suffit pas de promouvoir les bio-intrants : il faut aussi leur apporter des preuves de leur efficacité et leur montrer comment les utiliser dans de bonnes conditions.

Le diagnostic présente toutefois une limite importante : les organisations de producteurs n’ont pas répondu au questionnaire. Or, leur participation aurait permis de mieux documenter les difficultés directement vécues par les agriculteurs. La prise en compte de leur expérience sera donc essentielle pour affiner les solutions et éviter que les recommandations restent éloignées des réalités du terrain.

BIO-PACT mise sur la coopération Sud-Sud

Porté dans un cadre de coopération associant notamment le ministère béninois de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB), ProCaR et le Fonds international de développement agricole (FIDA), le projet BIO-PACT entend favoriser le partage d’expériences entre les pays participants.

Cette coopération peut permettre aux délégations de confronter leurs approches, de tirer des enseignements des expériences menées ailleurs et de faire émerger des priorités communes. Mais sa réussite dépendra de la capacité à transformer les échanges en actions concrètes, notamment en matière de réglementation, de contrôle qualité, de production, de distribution et d’accompagnement des producteurs.

Les travaux se poursuivent jusqu’au 23 octobre 2026. La journée de ce mardi constitue ainsi une étape importante : passer du diagnostic des difficultés à la recherche de réponses collectives. Pour les huit pays participants, le véritable défi reste de faire des bio-intrants des solutions réellement accessibles, fiables et adaptées aux besoins des exploitations agricoles africaines.

Firmin DANNON

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