Si les usagers de la Route nationale inter-États 2 (Calavi-Cotonou) affichent un ouf de soulagement après la reprise normale de la circulation, les récentes intempéries du mardi 30 juin 2026 ont laissé des traces indélébiles. Derrière le ballet retrouvé des motocyclistes et des voitures, se cache une tout autre réalité humaine, brute et douloureuse, sous le tablier de l’infrastructure.
Pour les usagers de la route, le débordement du lac Nokoué n’était qu’un blocage routier temporaire. Mais pour le groupe de sans-abris qui avait trouvé refuge sous le pont depuis des années, ce fut un véritable drame humanitaire. La montée des eaux a littéralement détruit ce qui leur servait de logement de fortune. « Ça fait vraiment mal qu’à ce jour, nous n’avons plus où dormir ni se laver. Notre douche est partie avec l’eau. Nous ne pouvons rien réclamer à quelqu’un », confie celui qu’on va nommer Steph, impuissant face à cette précarité renforcée. Sans toit et privés du strict minimum pour leur hygiène, ces invisibles de la ville se retrouvent aujourd’hui totalement livrés à eux-mêmes.

L’autre impact collatéral de cette crue et des travaux de nettoyage qui ont suivi touche la communauté religieuse locale. Le cours d’eau sous le pont de Djonou constituait un espace sacré pour les fidèles de l’Église du christianisme céleste, qui s’y rendaient régulièrement pour des rituels de purification. Aujourd’hui, le paysage a radicalement changé et l’accès au site est désormais interdit. La transformation environnementale saute aux yeux : la végétation dense qui protégeait l’intimité des prières a été balayée ou coupée. « Ce sont les arbres et les mangroves qui cachaient leurs activités ici. Tout est coupé et la visibilité est maintenant plus large. Ils ne sont plus venus jusqu’à ce jour », témoigne un habitué de la zone.

Alors que le gouvernement peaufine ses grands projets de mobilité urbaine et de transport fluvial avec la Banque mondiale pour l’axe Porto-Novo-Cotonou-Calavi, le cas du pont de Djonou rappelle que les crises d’infrastructure et les aléas climatiques frappent toujours en premier lieu les plus vulnérables et bousculent les habitudes sociales et spirituelles profondément ancrées.
Donatien Fernando SOWANOU









