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Face aux réalités de la Gdiz : les jeunes d’Agbangnizoun se mobilisent pour la fraternité et l’entraide

À Abomey-Calavi, les travailleurs originaires de l’arrondissement de Sahé (commune d’Agbangnizoun) employés à la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz) viennent de franchir un pas décisif pour leur intégration en mettant sur pied une association communautaire dénommé « Alomansounsoun ». Jean-Baptiste Godjo, membre actif de ce regroupement, a expliqué les motivations profondes de cette initiative née au cœur même du pôle industriel majeur du Bénin.

Pour ces jeunes venus de la commune d’Agbangnizoun, l’arrivée à la Gdiz a représenté un véritable choc culturel et organisationnel. Ressemblant par bien des aspects à l’univers universitaire où les flux de personnes sont constants, le site industriel peut vite s’avérer impersonnel. « Aujourd’hui, on ne peut plus rester seul dans la vie pour évoluer », confie Jean-Baptiste Godjo. L’objectif premier de cette association est donc de fédérer les énergies et de maintenir intacts les liens de fraternité qui unissaient ces jeunes dans leur village d’origine.

Au-delà de la simple cohésion sociale, cette organisation se veut un rempart contre les divisions. Conscient que les clivages politiques fragmentent trop souvent les communautés au pays, le sieur Godjo insiste sur la nécessité de laisser la politique aux portes de la zone industrielle : « Une fois ici, si nous allons garder encore ces clivages politiques, je crois que ce ne serait pas bénéfique pour nous. Pour excéder certaines choses, nous avons décidé de créer l’association. » se réjouit-il.

Le second pilier de cette association repose sur la solidarité face aux difficultés quotidiennes de l’usine. Les conditions de travail et les exigences variant d’une section à une autre, certains ouvriers se retrouvent parfois confrontés à des environnements particulièrement éprouvants, notamment en raison de la forte chaleur dans certains ateliers. Grâce à la structure associative, un système de mentorat et de médiation s’est naturellement mis en place. Les anciens, forts de leurs trois ou quatre années d’expérience à la Gdiz, guident les nouveaux arrivants. Jean-Baptiste Godjo cite notamment l’exemple d’un camarade en détresse physique face à la chaleur de sa section, qui a pu obtenir une réaffectation vers un autre département grâce à l’intervention et aux négociations menées par les aînés de l’association auprès des responsables.

Si la Gdiz représente une opportunité financière stable, permettant aux travailleurs de percevoir un revenu régulier chaque mois un changement majeur pour Jean-Baptiste Godjo, ancien enseignant de formation habitué aux vacances sans solde, l’installation loin du noyau familial s’accompagne de sérieuses difficultés logistiques. L’éloignement des réalités rurales oblige ces jeunes à s’adapter à un coût de la vie urbaine particulièrement élevé. À Abomey-Calavi, « il faut tout acheter », regrette-il, contrastant cette situation avec la gratuité des ressources (comme le bois de chauffe) et la disponibilité des terres au village. Le logement constitue le principal point noir : avec des loyers pour une entrée-couché oscillant entre 12 000 et 15 000 Fcfa, la pression financière est lourde sur les salaires.

Interrogé sur ses perspectives à long terme, Jean-Baptiste Godjo ne s’en cache pas : il invite le gouvernement à améliorer davantage les conditions des travailleurs de la zone. Pour sa part, titulaire d’une licence en linguistique, il perçoit son passage à la Gdiz comme une étape transitoire et ambitionne de poursuivre ses études en Master pour se consacrer à sa véritable passion : la promotion, l’enseignement et la valorisation des langues et cultures béninoises.

Pour d’autres membres, la Gdiz reste un projet d’avenir, mais le défi du renouvellement des contrats (de 6 mois à 1 an) maintient une instabilité psychologique que l’association s’efforce, chaque jour, d’atténuer par la force du collectif.

Donatien Fernando SOWANOU

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