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Églises et développement : le pasteur Assogba appelle les fidèles à travailler

Au Bénin, où la multiplication des lieux de culte alimente régulièrement le débat sur la place de la religion dans la société, le pasteur Wilfried Assogba refuse de faire des Églises les responsables du sous-développement ou du chômage. Invité de l’Actu Matin par le journaliste Dr Thanguy AGOÏ, il reconnaît toutefois l’existence de dérives et défend une Église davantage tournée vers le travail, l’entrepreneuriat et la citoyenneté.

Le débat sur le rôle des Églises dans le développement économique et social du Bénin est loin d’être nouveau. Mais il prend une dimension particulière dans un pays où les lieux de culte sont nombreux et où certaines communautés religieuses proposent des programmes parfois très fréquents. Pour le pasteur Wilfried Assogba, il faut cependant éviter les conclusions trop rapides.

« Les églises ou institutions religieuses ne constituent pas la cause du sous-développement ou du chômage dans les nations, dans les pays », affirme-t-il. Une position qu’il nuance immédiatement en reconnaissant que certaines pratiques peuvent avoir des conséquences négatives. « Toutefois, certaines pratiques ou dérives de ces religions peuvent parfois freiner l’essor économique de ces pays. »

Entre foi et activité professionnelle, trouver le bon équilibre

Le principal enjeu soulevé dans l’entretien est celui du temps consacré aux activités religieuses. Lorsque des fidèles passent plusieurs heures, voire plusieurs jours, dans les lieux de culte, la question de leur disponibilité pour le travail, la formation ou l’entrepreneuriat peut légitimement se poser.

Le pasteur Assogba rejette cependant l’idée selon laquelle l’Église encouragerait la paresse. Il s’appuie notamment sur la Bible pour défendre une conception de la foi compatible avec l’activité professionnelle. « L’Église prône le travail », soutient-il, avant de rappeler cette formule tirée de la deuxième épître aux Thessaloniciens : « Celui qui ne travaille pas ne mange pas non plus. »

Pour lui, la responsabilité des responsables religieux consiste donc aussi à éviter que les programmes de prière ne deviennent une occupation permanente pour les fidèles. Il révèle d’ailleurs avoir réuni des pasteurs pour les sensibiliser à cette question.

« Il faut que les fidèles se vaquent à leurs activités et travailler. C’est très important pour la survie de notre société et même pour la communauté », explique-t-il.

Cette déclaration pose un principe intéressant : la pratique religieuse ne devrait pas nécessairement entrer en concurrence avec la vie professionnelle. Dans une société confrontée au chômage et à la précarité, notamment chez les jeunes, le temps constitue une ressource économique. L’enjeu n’est donc pas de supprimer les activités religieuses, mais de rechercher un équilibre entre foi, travail et responsabilités sociales.

« Si vous ne changez pas… je les chasse »

Sur la question de l’emploi des jeunes, le pasteur va encore plus loin. Il raconte avoir fixé un délai de deux ans aux jeunes de sa communauté afin qu’ils démontrent une évolution dans leur vie professionnelle.

« Vous avez deux ans pour qu’on vous observe dans l’église. Après les deux ans, nous allons faire un bilan. Si vous ne changez pas… », raconte-t-il.

À la question du journaliste Dr Thanguy AGOÏ de savoir s’il pourrait aller jusqu’à les exclure, sa réponse est sans ambiguïté : « Mais je les chasse ! »

Derrière cette formule volontairement forte, le pasteur Assogba veut faire passer un message : la foi ne doit pas devenir un refuge permanent contre la responsabilité personnelle. Pour lui, prier ne dispense pas d’agir. Il encourage donc les jeunes à prendre des initiatives, même lorsqu’elles comportent une part de risque.

Il cite à ce propos l’Ecclésiaste : « Engage-toi dans une activité même s’il faut prendre des risques. » Il précise toutefois que le risque dont il parle ne concerne évidemment pas les activités illicites, mais la capacité à oser entreprendre malgré les difficultés.

Richesse et christianisme : une mauvaise interprétation ?

Autre point abordé : le rapport entre christianisme et richesse matérielle. Le journaliste Dr Thanguy AGOÏ interroge le pasteur sur l’idée largement répandue selon laquelle le chrétien devrait se méfier de la richesse.

Wilfried Assogba estime que certains passages bibliques sont mal interprétés. Pour lui, être « pauvre en esprit » ne signifie pas nécessairement être pauvre matériellement.

« **Heureux les pauvres en esprit » définissent déjà ceux qui ont un esprit simple, les pauvres de cœur », explique-t-il, en évoquant notamment l’humilité, le pardon et la confiance en Dieu.

Son raisonnement va plus loin : « L’Église prône l’abondance et non la suffisance. » Une affirmation qui traduit sa volonté de réconcilier spiritualité chrétienne, réussite professionnelle et amélioration des conditions de vie.

Cette conception remet ainsi en question l’opposition parfois faite entre richesse et foi. Pour le pasteur, le problème ne réside pas dans le fait de posséder des biens, mais dans la manière dont ceux-ci sont acquis et utilisés.

L’entrepreneuriat comme réponse au chômage

L’entretien fait également ressortir une autre dimension : l’Église peut, selon lui, participer directement à la promotion de l’entrepreneuriat.

« Celui qui est devant vous est un entrepreneur. Comment pourrais-je être un entrepreneur et ne pas encourager l’entrepreneuriat ? », lance-t-il.

Il évoque notamment des initiatives destinées aux femmes de sa communauté, avec l’intervention de personnes extérieures chargées de les former et de les encourager à démarrer une activité.

Cette approche est particulièrement importante dans un contexte où l’emploi salarié ne peut absorber tous les demandeurs d’emploi. L’Église peut alors jouer un rôle complémentaire en matière de sensibilisation, de formation et d’accompagnement, à condition que ses activités restent orientées vers l’autonomisation des fidèles.

« Nous sommes dans une République »

Le pasteur Assogba insiste enfin sur une dimension souvent absente des débats sur le rôle des institutions religieuses : la citoyenneté.

Pour lui, les fidèles doivent connaître leurs devoirs envers la République, notamment le respect des lois et le paiement des impôts.

« Si vous n’enseignez pas à la communauté d’être citoyen, d’être républicain, de payer ses impôts, d’aller travailler et autre, les problèmes vont surgir », prévient-il.

Il considère ainsi le responsable religieux comme un « éveilleur de conscience », chargé non seulement de transmettre un enseignement spirituel, mais aussi de rappeler aux citoyens leurs responsabilités.

Au terme de cet échange, le message du pasteur Wilfried Assogba apparaît donc clairement : l’Église ne doit pas être considérée comme un obstacle au développement. Mais elle doit aussi accepter de regarder ses propres dérives et veiller à ce que la pratique religieuse ne prive pas les fidèles du temps nécessaire pour travailler, entreprendre et participer pleinement à la vie de la République.

La question demeure toutefois entière : comment les communautés religieuses peuvent-elles maintenir leur mission spirituelle tout en contribuant davantage à l’autonomisation économique de leurs fidèles ? Le débat est loin d’être clos.

Firmin DANNON

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