Accueil / Grands Débats / Journée mondiale des enseignants : Codjo Hinlin dresse un état des lieux critique de la profession

Journée mondiale des enseignants : Codjo Hinlin dresse un état des lieux critique de la profession

À l’occasion de la célébration de la Journée mondiale des enseignants ce 5 octobre 2026, marquant également les 60 ans de la signature de la recommandation de l’Organisation internationale du travail de l’Uneco de 1966 concernant la condition du personnel enseignant, Codjo Hinlin, Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin) est revenu sans détour sur les défis majeurs du système éducatif, l’évolution du métier et le dossier brûlant des Aspirants au métier d’enseignant (Ame).

Interrogé sur le sentiment mitigé qui anime les enseignants aujourd’hui malgré la symbolique de cette journée, le secrétaire général a reconnu que le profil de formation des enseignants demeure professionnel, mais que le statut social de la profession a profondément changé. Selon Codjo Hinlin, si l’enseignant d’autrefois était considéré comme la référence intellectuelle incontestée de sa communauté, la multiplication des cadres dans tous les secteurs a atténué cette exclusivité.

Surtout, il déplore un changement de paradigme sociétal. « Aujourd’hui, il se fait que de plus en plus c’est celui qui a l’argent qui est respecté et non celui qui a le savoir. Celui qui a le savoir devient de plus en plus celui qui est relégué au second plan ». Cette valorisation exclusive de l’argent au détriment de la connaissance fait que le métier n’attire plus autant les jeunes cadres et décourage les enseignants face à la considération sociale accordée à d’autres réussites informelles.

Une comparaison salariale trompeuse et un pouvoir d’achat en berne


Abordant la question récurrente des salaires, l’invité a admis que les rémunérations ont certes évolué nominalement, mais a battu en brèche l’idée selon laquelle les enseignants seraient mieux traités qu’avant. Mettant en balance le coût de la vie d’hier et d’aujourd’hui (loyers, denrées alimentaires de base, moyens de transport), il a affirmé. « Même celui qui gagne 150 000fCfa aujourd’hui ne peut pas réaliser ce que celui qui gagnait 15 000 à l’époque réalisait ». Il a également souligné que l’acquisition d’un moyen de déplacement décent (comme une voiture) par certains enseignants modernes est perçue à tort par la société comme un privilège exorbitant, oubliant que le coût de la vie et les exigences de la modernité ont eux aussi muté.

Bilan de 60 ans de recommandations et situation des Ame
Faisant le point sur les six décennies écoulées depuis la recommandation conjointe Oit/Unesco de 1966, Codjo
Hinlin a estimé qu’il n’y a pas eu de progrès fondamentaux majeurs, le thème de cette année appelant encore et toujours à l’amélioration des conditions d’exercice. Il a rappelé qu’il ne peut y avoir d’économie développée ni de monde meilleur sans une école performante reposant sur des enseignants valorisés. Enfin, concernant le dossier crucial des AME au Bénin, le secrétaire général a salué l’engagement du chef de l’État et la rencontre organisée avec les leaders syndicaux à la veille de la rentrée pour présenter le plan de résolution.

Tout en qualifiant cette avancée de « mieux que rien » après sept années d’exercice dans des conditions précaires, il a précisé que les discussions n’en sont qu’au stade de la mise en place d’un comité technique purement administratif chargé de trier les dossiers. La plateforme syndicale attend désormais d’être convoquée par le ministre du Budget et de la Fonction Publique pour clarifier les critères précis d’application (tels que les critères d’âge et les modalités pratiques) afin d’assurer un suivi rigoureux de ce dossier.

Donatien Fernando SOWANOU

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *