Déforestation, assainissement, infrastructures scolaires et agricoles : le maire de Ouassa-Péhunco, Koto Orou Mare, a exposé les difficultés auxquelles sa commune est confrontée. Reçu par le Dr Thanguy AGOÏ ce lundi 12 octobre 2026 dans Actu Matin, il a plaidé pour une attention particulière de l’État, notamment face aux menaces environnementales et au manque d’infrastructures.
La commune de Ouassa-Péhunco, dans le département de l’Atacora, fait face à plusieurs défis qui freinent son développement. Entre la dégradation de l’environnement, les difficultés d’assainissement et l’insuffisance des infrastructures scolaires, les besoins restent importants. Invité de la rubrique « Éco de commune », le maire Koto Orou Mare a présenté les actions engagées par son équipe et les attentes des populations.
Déforestation : le maire appelle à un changement de comportement
À Ouassa-Péhunco, la déforestation constitue une préoccupation majeure. Pour y faire face, la mairie prévoit chaque année un budget consacré au reboisement. Elle profite également de la Journée nationale de l’arbre et d’autres journées consacrées à l’environnement pour organiser des plantations avec l’appui des services des Eaux et Forêts.
Toutefois, le maire estime que ces initiatives ne suffiront pas sans une évolution des pratiques agricoles et des comportements. Il dénonce notamment l’exploitation excessive des terres, parfois défrichées sur de vastes superficies sans être réellement mises en valeur.
« Si on ne change pas notre mode de vie, ça va être difficile. Toutes les actions que nous allons entreprendre vont échouer », prévient-il.
Pour Koto Orou Mare, le problème dépasse donc la simple plantation d’arbres. Il concerne également la manière dont les terres sont exploitées. Il invite les producteurs à privilégier les superficies qu’ils peuvent entretenir convenablement, plutôt que de multiplier les champs au détriment de l’environnement. Une approche qui permettrait, selon lui, de concilier rendement agricole et préservation des ressources naturelles.
Bonus agricoles : les producteurs favorables à la mesure
Autre sujet abordé : les mesures de bonification annoncées par le gouvernement pour encourager la production agricole. Selon le maire, les producteurs de sa commune ont accueilli favorablement cette initiative.
Il considère cette mesure comme une motivation supplémentaire pour atteindre les objectifs de production. « Le gouvernement a bien vu et cette mesure doit vraiment inciter les paysans à pouvoir atteindre la production qu’il faut pour bénéficier de ce bonus », souligne-t-il.
Le maire cite notamment le coton, le soja et le maïs parmi les filières concernées par les mécanismes d’incitation évoqués. Il estime que ces avantages financiers, associés à l’accès aux intrants et au crédit, peuvent renforcer l’engagement des producteurs.
Cependant, l’enthousiasme ne suffit pas à garantir les résultats attendus. Les fortes pluies et les effets du changement climatique compliquent les activités agricoles. Face à ces risques, la commune mise sur la sensibilisation, l’adaptation des méthodes culturales et les plans de contingence élaborés pour anticiper certains phénomènes récurrents.
Le défi consiste désormais à transformer les incitations financières en gains de production durables, sans négliger la protection des terres agricoles.
Marché, assainissement : Ouassa-Péhunco attend toujours des investissements
Sur le plan des infrastructures, le maire refuse de considérer sa commune comme oubliée par les programmes d’action du gouvernement sous Patrice Talon. Il rappelle les progrès réalisés en matière de desserte routière, notamment vers Kérou et les autres localités environnantes.
Il reconnaît néanmoins que plusieurs attentes des populations restent insatisfaites. Le marché de Péhunco, le stade et certains aménagements urbains figurent parmi les projets régulièrement évoqués, mais dont la réalisation demeure attendue.
« L’administration est une continuité », insiste Koto Orou Mare, qui espère que le président Patrice Talon transmettra ces dossiers à son successeur, Romuald Wadagni. Il rappelle que des engagements avaient été pris concernant certaines infrastructures.
Mais c’est surtout l’assainissement qui suscite son inquiétude. Selon lui, plusieurs zones de la ville connaissent des problèmes d’écoulement des eaux. Certaines voies et certains quartiers sont confrontés à des dégradations qui pourraient s’aggraver en l’absence de travaux adaptés.
« Si rien n’est fait, à la longue, ces quartiers vont disparaître », alerte-t-il.
La commune dispose pourtant d’un plan d’assainissement. Le problème réside dans sa capacité financière à concrétiser les aménagements nécessaires, notamment la construction de caniveaux adaptés. Pour le maire, ces travaux dépassent les moyens dont dispose actuellement la municipalité.
Il sollicite donc l’intervention de l’État et plaide pour l’intégration de Péhunco dans de futurs projets d’assainissement. Son appel souligne une difficulté fréquente des collectivités territoriales : l’existence de besoins urgents, sans ressources suffisantes pour y répondre.
Éducation : des classes de plus de 100 élèves
Le secteur éducatif constitue un autre point de préoccupation. Si la rentrée scolaire s’est déroulée normalement dans les établissements de la commune, malgré le contexte sécuritaire, les conditions d’apprentissage restent difficiles.
Le maire évoque des classes accueillant parfois entre 100 et 120 élèves, faute de salles suffisantes. Le manque de tables-bancs et les besoins en personnel enseignant aggravent également la situation.
Selon lui, des échanges ont eu lieu avec les responsables éducatifs pour faire le point sur le déploiement des enseignants. Il espère que cette question sera progressivement résolue. Toutefois, les infrastructures et le mobilier scolaire demeurent des besoins prioritaires.
« Le problème crucial, c’est les bâtiments, c’est les mobiliers », affirme-t-il.
La mairie, explique-t-il, ne peut pas financer seule tous les investissements attendus. Elle doit également assurer ses charges fixes, notamment les salaires, alors que la mobilisation des ressources locales reste limitée.
Cette situation met en évidence le décalage entre les besoins des populations et les moyens financiers des collectivités. Pour améliorer durablement les conditions d’apprentissage, l’effort communal doit donc être accompagné d’investissements plus importants de l’État.
Un appel à un accompagnement renforcé
Au terme de son intervention sur les antennes d’Inf’au Zénith, Koto Orou Mare a défendu les actions de sa municipalité tout en reconnaissant les limites auxquelles elle se heurte. Reboisement, adaptation agricole, assainissement et éducation : les défis sont nombreux et étroitement liés.
Pour le maire, Ouassa-Péhunco a besoin d’un accompagnement renforcé afin de répondre aux attentes de ses habitants. Son plaidoyer pose une question centrale : comment accélérer le développement local lorsque les besoins en infrastructures dépassent largement les capacités financières de la commune ?
La réponse dépendra notamment de la coordination entre la mairie, les services techniques, les producteurs et l’État. Car, au-delà des projets annoncés, c’est la capacité à transformer les priorités en réalisations concrètes qui déterminera les conditions de vie des populations de Péhunco.
Firmin DANNON








