Privés de leur public depuis 2023, les Guépards du Bénin poursuivent leur aventure loin de Cotonou. À quelques jours de leur double confrontation contre la Centrafrique, les 12 et 16 novembre 2026, l’absence du Stade Général Mathieu Kérékou ravive la frustration des supporters et des petits commerçants. Trois années d’éloignement qui interrogent sur le coût sportif, économique et populaire de cet exil.
Le mal du pays se fait toujours sentir chez les Guépards. Depuis 2023, la sélection nationale béninoise ne reçoit plus ses adversaires sur sa pelouse habituelle. En cause, la non-conformité du Stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou de Cotonou aux exigences de la Confédération africaine de football (CAF). Une situation qui oblige les hommes de Gernot Rohr à accueillir leurs adversaires hors du territoire national. Un handicap qui dépasse largement la simple question du choix du stade.

La prochaine double confrontation contre la Centrafrique illustre encore cette réalité. Pour le compte des 3e et 4e journées des éliminatoires de la CAN 2027, le Bénin recevra d’abord les Fauves du Bas-Oubangui, le jeudi 12 novembre, au stade Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, à 19h GMT. Quatre jours plus tard, le lundi 16 novembre, les deux sélections se retrouveront au stade de Japoma, à Douala, au Cameroun, pour la manche retour, à partir de 16h GMT.
Deux rendez-vous importants pour les ambitions béninoises, mais toujours sans cette proximité avec le public national. Pourtant, jouer à domicile ne signifie pas seulement disposer d’une pelouse et de vestiaires. C’est aussi bénéficier d’une ferveur populaire capable de galvaniser les joueurs et de mettre une pression supplémentaire sur l’adversaire. À Abidjan, les Guépards évoluent dans de bonnes conditions sportives, mais l’atmosphère n’a pas la même saveur qu’à Cotonou.
À Cotonou, les supporters n’en peuvent plus

Dans les rues de la capitale économique, l’impatience gagne du terrain. Pour Gaspard, revendeur installé à proximité du stade, cette situation représente également un manque à gagner pour les petits commerçants.
« C’est déplorable. Avant, les jours de match, on vendait des maillots, des drapeaux, les buvettes tournaient à plein régime. Aujourd’hui, on regarde nos propres matchs à la télévision comme s’ils jouaient en Europe. Ça fait mal au cœur », regrette-t-il.
Au-delà de la frustration commerciale, c’est surtout le lien entre l’équipe nationale et ses supporters qui s’effrite. Saliou, étudiant, ne cache pas son attachement aux rencontres disputées à Kouhounou.
« L’ambiance d’Abidjan est sympa, mais ce n’est pas Kouhounou ! Les Guépards ont besoin de sentir la pression positive du public béninois. On veut les voir en vrai, chanter pour eux du début à la fin », insiste-t-il.
Même sentiment chez Aïchatou, commerçante aux alentours du stade Général Mathieu Kérékou. Pour elle, les années passent et les attentes demeurent.
« Trois ans, c’est trop long pour de simples rénovations. On nous promet des dates à chaque fois. Il faut que les autorités livrent le stade pour qu’on puisse enfin vivre le football chez nous », lance-t-elle.

Une facture qui dépasse les frontières
Cet exil représente aussi une charge financière supplémentaire. Déplacements des joueurs et du staff, hébergement, restauration, location des installations et organisation logistique : chaque rencontre délocalisée mobilise des ressources importantes. À cela s’ajoute l’absence de recettes liées à la billetterie et les retombées économiques perdues pour les activités commerciales autour du stade.
Sur le chantier du GMK, les autorités ont engagé une nouvelle dynamique pour accélérer les travaux de réhabilitation et de mise aux normes. Toutefois, aucune perspective de retour ne peut être considérée comme acquise sans une inspection concluante et une homologation officielle de la CAF.
En attendant, les Guépards doivent faire avec cette réalité. Les deux confrontations contre la Centrafrique constituent une nouvelle occasion de défendre les couleurs nationales. Mais derrière l’enjeu sportif, une autre attente demeure : retrouver Cotonou, son public et cette communion qui donne tout son sens à un véritable match à domicile.
Trois ans d’exil, c’est long. Et pour les supporters comme pour les commerçants, le retour des Guépards au stade GMK est désormais bien plus qu’une question de football : c’est une attente populaire.
Firmin DANNON









