Accueil / Eco Constats / Inondations dans le Golfe de Guinée : le lourd bilan humain et financier de la saison des pluies de juin-juillet 2026

Inondations dans le Golfe de Guinée : le lourd bilan humain et financier de la saison des pluies de juin-juillet 2026

Les intempéries qui frappent l’Afrique de l’Ouest côtière ne sont plus seulement une crise météorologique, mais un véritable défi humanitaire et budgétaire pour les États du golfe de Guinée. Les gouvernements locaux et les agences de gestion des catastrophes publient les derniers bilans officiels actualisés, mettant en lumière des trajectoires nationales bien différentes face à la fureur des eaux.

La Côte d’Ivoire paie le plus lourd tribut humain de cette saison. Selon les données de l’Office national de la protection civile (Onpc), communiquées par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, le pays enregistre 59 morts depuis la mi-mai. Le district d’Abidjan est l’épicentre du drame, particulièrement touché par des éboulements et des glissements de terrain. À elle seule, la commune d’Attécoubé déplore une vingtaine de morts, notamment suite au drame du quartier de Mossikro.

Au Ghana, la situation s’est également lourdement aggravée après les pluies torrentielles du 29 juin. Les rapports de la National disaster management organisation (Nadmo) et des sapeurs-pompiers font état de 34 morts confirmés à l’échelle nationale, dont 12 pour la seule capitale, Accra. Le pays fait face à une crise humanitaire majeure avec 89 736 personnes déplacées à travers sept régions. La région du Grand Accra est la plus sinistrée avec 54 712 déplacés, suivie par la région Centrale qui en compte 21 882.

Le Togo a dû faire face à une pluviométrie exceptionnelle, enregistrant en quelques jours seulement l’équivalent de 30 % des précipitations attendues pour l’ensemble de la saison. Face à l’urgence dans le Grand Lomé, le gouvernement togolais a directement déclenché le plan Orsec (Organisation de la réponse de sécurité civile) pour coordonner les secours. Le bilan stabilisé par les équipes de secours fait état de 5 décès officiellement confirmés.

Le Bénin, en revanche, affiche une situation sous contrôle par rapport à ses voisins du littoral. À ce jour, l’Agence nationale de protection civile et les autorités signalent 0 décès officiel. Cette relative résilience s’explique par une stratégie hautement préventive. Le pays récolte les fruits de son mégaprojet d’assainissement pluvial de 264 milliards de francs Cfa injectés à travers le Programme d’assainissement pluvial de Cotonou. Les gigantesques bassins de rétention construits, capables d’absorber jusqu’à 1,5 million de m³ d’eau chacun, permettent pour l’instant de contenir les flux et d’éviter les drames.

L’urgence de la riposte


Pour répondre à la crise et réhabiliter les infrastructures, les budgets d’urgence ont été massivement activés à l’échelle régionale. Au Ghana, le président John Dramani Mahama a ordonné le déblocage exceptionnel de 350 millions de cedis (environ 26,5 millions de dollars) issus du Fonds de contingence nationale. Cette enveloppe est scindée en deux : 150 millions de cedis vont à l’aide humanitaire immédiate (nourriture, relogement) gérée par la Nadmo, tandis que les 200 millions restants sont affectés aux travaux de drainage d’urgence exécutés par les forces armées ghanéennes.

En Côte d’Ivoire, l’effort se concentre sur le relogement à long terme des populations vulnérables évacuées des zones de déguerpissement à haut risque. L’État finance actuellement la viabilisation de grands sites d’accueil à Songon et sur l’autoroute du Nord. L’objectif est d’y construire 12 000 logements d’urgence pour réinstaller dignement près de 60 000 personnes. Alors que la saison des pluies se poursuit en ce mois de juillet 2026, la gestion de cette crise transfrontalière met en évidence la nécessité absolue pour les villes du golfe de Guinée d’investir massivement dans des infrastructures lourdes et durables.

À l’instar du modèle d’assainissement développé à Cotonou, ils doivent prendre les taureaux par les cornes pour espérer briser le cycle infernal des inondations meurtrières.

Donatien Fernando SOWANOU

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *