Invité de l’émission Actu Matin ce lundi 7 septembre 2026, Patrick Lafia Fico, Yérima Tantamè auprès du roi de Kouandé et secrétaire à la communication du comité d’organisation de la Gaani, était reçu par le journaliste Dr Thanguy AGOÏ. Au cours de cet entretien, il a expliqué le sens de cette célébration, son ancrage historique, ses rites et les nouvelles ambitions touristiques portées par le royaume.
Pour les Wassangari et les Batombou de Kouandé, la Gaani est bien plus qu’une fête populaire. Elle est une célébration identitaire qui symbolise la joie et la victoire, tout en rappelant la quiétude retrouvée. Chaque année, elle rassemble les fils et filles du royaume, la diaspora ainsi que les communautés alliées autour du roi Bagana. Rites, tambours sacrés, danses et retrouvailles permettent ainsi de maintenir vivant un patrimoine transmis de génération en génération.
Nikki, la référence historique
Patrick Lafia Fico a également expliqué pourquoi la célébration de la Gaani à Kouandé intervient après celle de Nikki. Considérée comme la cité impériale des Batombou, Nikki est le siège du Sinaboko, présenté comme le souverain suprême auquel les autres royaumes doivent allégeance.
Kouandé étant historiquement issu de cette lignée, notamment à travers Orou Wari, prince venu de Nikki, cette filiation impose une préséance traditionnelle. Les autres royaumes attendent donc la cérémonie officielle de Nikki avant de célébrer à leur tour. Pour Patrick Lafia Fico, cette pratique traduit surtout l’unité historique des royaumes et le respect d’une organisation traditionnelle ancienne.
Un rituel préservé, mais une fête qui évolue
Le secrétaire à la communication du comité d’organisation précise que le noyau rituel reste pratiquement identique d’une localité à l’autre. La célébration commence avec le Sakirou, se poursuit avec le Sonrou, avant la Kréssi, troisième temps fort au cours duquel la reine mère procède notamment au baptême princier.
Mais si le rituel demeure préservé, les manifestations autour de la fête évoluent. À Kouandé, l’édition 2026 a été placée sous le thème : « Tous ensemble pour le rayonnement culturel et touristique de la cité des Bagana ».
La compétition de courses équines, organisée pour la quatrième fois, constitue l’une des principales attractions. Des cavaliers venus de plusieurs localités du Bénin et de Sokodé au Togo y ont participé. Groupes folkloriques, concerts et première édition de la soirée gastronomique Gaani Sakirou ont également contribué à donner une nouvelle dimension à la célébration.
Une fête aux dimensions culturelle et économique
Pour Patrick Lafia Fico, la Gaani représente aussi une opportunité économique. Elle permet aux artisans, exposants et autres acteurs locaux de présenter leurs savoir-faire. Le développement de cette activité nécessite toutefois, selon lui, davantage d’infrastructures d’accueil, une arène culturelle adaptée et un meilleur désenclavement de la région.
Cette ambition touristique est d’autant plus importante que les liens historiques du royaume dépassent les frontières actuelles du Bénin. La participation de délégations venues notamment de Sokodé rappelle les anciennes relations entre les communautés de cette partie de l’Afrique de l’Ouest.
Le roi, gardien des valeurs et rassembleur
Abordant enfin le rôle du roi dans le Bénin républicain, Patrick Lafia Fico rappelle que le cadre juridique de la chefferie traditionnelle reconnaît désormais le royaume de Kouandé. Le roi est avant tout gardien des us et coutumes, sans constituer une administration parallèle à l’État.
Son rôle concerne notamment la médiation sociale, la préservation de la paix, la transmission du patrimoine culturel et l’accompagnement du développement local. Dans une société où coexistent islam, christianisme et religions traditionnelles, le roi conserve ainsi une fonction fédératrice : il est appelé à rassembler tous les fils et filles de Kouandé au-delà des appartenances religieuses ou politiques.
Au terme de l’entretien, Patrick Lafia Fico a lancé un appel à l’unité des autorités, des forces de la République et de tous les fils et filles de Kouandé. Pour lui, faire rayonner la Gaani est une responsabilité collective. Une ambition qu’il résume par une formule simple : « Seul, on va vite ; ensemble, on va loin. »
Firmin DANNON









