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Diaspora béninoise : deux voix saluent Wadagni et réclament plus d’emplois

Depuis Abidjan et Ouagadougou, Martial Djogbénou et Zacharie Prince Akpo suivent de près l’évolution du Bénin. Invités par le journaliste Dr Thanguy Agoï dans l’émission d’Actu Matin de ce lundi 14 septembre 2026 consacrée aux Béninois de l’extérieur, les deux compatriotes ont livré leur regard sur leur intégration à l’étranger, leur rapport au pays et les premières actions du président Romuald Wadagni. Derrière leurs encouragements, une même attente revient : offrir davantage de perspectives à la jeunesse béninoise.

Devenir Ivoirien pour pouvoir exercer son métier

Installé en Côte d’Ivoire, Martial Djogbénou, juriste et consultant, est revenu sur son choix d’acquérir la nationalité ivoirienne. Né en Côte d’Ivoire de parents béninois qui y vivaient depuis les années 1980-1990, il y a effectué une grande partie de son parcours scolaire avant de poursuivre ses études de droit à l’Université d’Abomey-Calavi, au Bénin.

Son retour en Côte d’Ivoire après l’université répondait à une volonté professionnelle. Pour exercer pleinement dans le conseil juridique, il explique avoir dû demander la nationalité ivoirienne.

Pour lui, cette démarche n’est donc pas un reniement de ses origines. Elle représente surtout une adaptation aux réalités professionnelles de son pays d’accueil. Son témoignage met ainsi en lumière une question plus large : celle de la capacité des États à créer suffisamment de débouchés pour leurs propres diplômés.

« Il faut libéraliser certaines professions juridiques au Bénin »

Au-delà de son expérience personnelle, Martial Djogbénou adresse un message au gouvernement béninois. Il estime nécessaire de formaliser et de libéraliser davantage certaines professions juridiques afin de créer de nouveaux débouchés pour les jeunes diplômés.

Selon lui, de nombreux juristes sortent chaque année des universités béninoises sans parvenir à exercer dans leur domaine de formation. Certains sont alors contraints de se tourner vers d’autres activités, parfois très éloignées de leurs compétences.

L’enjeu dépasse donc la seule profession juridique. Pour le juriste installé en Côte d’Ivoire, le Bénin doit élargir son marché de l’emploi et permettre aux jeunes formés de transformer leurs connaissances en véritables activités professionnelles.

Il cite notamment le conseil juridique, les professions d’agent d’affaires ou encore de mandataire judiciaire comme des secteurs susceptibles d’offrir de nouvelles possibilités.

Au Burkina Faso, l’intégration passe par l’accueil

Depuis Ouagadougou, Zacharie Prince Akpo, acteur du secteur des BTP et ancien membre de l’Union des Béninois au Burkina Faso, a livré une expérience différente, mais avec une conclusion similaire.

Loin de ses proches à son arrivée, il reconnaît que l’adaptation n’a pas été immédiate. La distance avec le Bénin, la perte des repères familiaux et culturels constituent, selon lui, de véritables défis pour un migrant.

Mais l’accueil des Burkinabè aurait progressivement facilité son intégration.

Il insiste notamment sur l’ouverture de la population locale, qu’il considère comme un facteur déterminant dans son parcours. Avec le temps, le Burkina Faso est devenu pour lui une sorte de seconde patrie, sans pour autant effacer son attachement au Bénin.

Son expérience rappelle une réalité souvent vécue par les membres de la diaspora : s’intégrer dans un pays d’accueil ne signifie pas nécessairement tourner le dos à son pays d’origine.

La diaspora garde un lien fort avec le Bénin

À Abidjan également, Martial Djogbénou décrit une diaspora béninoise organisée autour de réseaux de solidarité.

Associations, groupes régionaux, familles ou communautés permettent aux Béninois de se retrouver, d’échanger et de s’entraider. Ces espaces jouent un rôle important pour ceux qui vivent loin du pays.

Cette organisation facilite notamment l’orientation des nouveaux arrivants et renforce les liens entre compatriotes.

Martial Djogbénou insiste également sur la nécessité pour les Béninois vivant en Côte d’Ivoire de respecter les règles et les réalités de leur pays d’accueil. Une attitude qui, selon lui, contribue à préserver la bonne image de la communauté béninoise.

Les premières actions de Wadagni accueillies favorablement

Interrogés sur les premiers mois du gouvernement de Romuald Wadagni, les deux invités se montrent globalement optimistes.

Zacharie Prince Akpo salue les premières orientations du nouveau pouvoir, tout en appelant à ne pas tirer de conclusions définitives après seulement quelques mois. Pour lui, le président doit poursuivre sur cette dynamique et répondre progressivement aux attentes des Béninois.

Son message est simple : le début est encourageant, mais les résultats devront confirmer les espoirs placés dans le nouveau pouvoir.

Martial Djogbénou partage cette appréciation positive. Il relève notamment l’attention accordée aux questions sociales, à la santé et aux personnes vulnérables.

Mais derrière les encouragements, il identifie une priorité qui lui paraît incontournable : l’emploi des jeunes.

Le véritable test : donner du travail à la jeunesse

Pour le juriste, la question de l’emploi constitue l’un des principaux défis du mandat de Romuald Wadagni.

Le Bénin dispose d’une jeunesse fortement scolarisée et de nombreux diplômés. Pourtant, une partie de ces compétences reste sous-utilisée. Le problème n’est donc pas seulement de former les jeunes, mais aussi de leur permettre de trouver leur place dans l’économie.

Martial Djogbénou appelle notamment à une meilleure organisation des concours et tests donnant accès aux professions juridiques. Il souhaite également voir émerger de nouveaux métiers afin d’éviter que des diplômés restent durablement sans activité correspondant à leur formation.

Cette réflexion pose une question centrale : à quoi sert une formation de qualité si le marché ne permet pas au diplômé de la valoriser ?

Pour lui, l’État doit également faciliter l’investissement privé. Des entreprises plus nombreuses et un environnement favorable aux opérateurs économiques pourraient contribuer à créer davantage d’emplois et de richesses.

« Il faut faire confiance à la jeunesse »

Depuis la Côte d’Ivoire, le constat de Martial Djogbénou est sans détour : de nombreux jeunes Béninois partent à l’étranger non pas forcément par choix, mais parce qu’ils y trouvent des possibilités professionnelles qu’ils ne trouvent pas toujours au pays.

La diaspora devient alors une réserve de compétences disséminées dans plusieurs pays.

Le défi pour le Bénin est désormais de parvenir à créer les conditions permettant à ces compétences de contribuer davantage au développement national, qu’elles soient au pays ou à l’extérieur.

Pour les deux invités, le début du mandat de Romuald Wadagni suscite donc de l’espoir. Zacharie Prince Akpo se dit même rassuré par la jeunesse du chef de l’État et par l’énergie affichée au début de son mandat.

Mais cet optimisme reste conditionné à une exigence : transformer les premières intentions en résultats durables pour les populations.

Un message venu de la diaspora

De la Côte d’Ivoire au Burkina Faso, les témoignages recueillis par le journaliste Dr Thanguy Agoï révèlent finalement une diaspora qui reste attentive à la situation du Bénin.

Loin du pays, ces compatriotes observent, analysent et formulent des attentes. Leur principale préoccupation rejoint celle d’une grande partie de la jeunesse : pouvoir travailler, entreprendre et vivre dignement de ses compétences.

Le message adressé au nouveau pouvoir peut donc se résumer ainsi : continuer les efforts sociaux, mais surtout créer les conditions d’une véritable insertion professionnelle de la jeunesse.

Car pour ces deux Béninois de l’extérieur, le succès d’un mandat ne se mesurera pas uniquement aux infrastructures ou aux réformes engagées. Il se mesurera aussi à la capacité du pays à permettre à ses enfants de construire leur avenir chez eux, sans être contraints de chercher ailleurs les opportunités qu’ils espèrent trouver au Bénin.

Firmin DANNON

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