Accueil / Eco Constats / Élevage : trois plantes locales contre les parasites des poulets

Élevage : trois plantes locales contre les parasites des poulets

Et si le tabac, la citronnelle et le Tchayo pouvaient aider à protéger les volailles contre certains parasites ? C’est l’une des pistes mises en évidence par les travaux du Dr Abdoulaye Alassane Nouhoun, chercheur et député à l’Assemblée nationale. Invité dans Actu Matin par le Dr Thanguy Agoï, il a expliqué les résultats de ses recherches et les perspectives qu’elles ouvrent pour l’élevage béninois.

Les noms scientifiques peuvent sembler complexes, mais les plantes étudiées sont loin d’être inconnues au Bénin. Le chercheur cite notamment le tabac, la citronnelle et le Tchayo. « Ce sont les trois plantes qui sont familières à tout le peuple béninois », explique-t-il. Derrière cette recherche se trouve donc une volonté de valoriser des ressources déjà présentes dans l’environnement des populations.

Deux parasites qui pénalisent les éleveurs

Pour le Dr Nouhoun, le choix de travailler sur les poulets n’est pas le fruit du hasard. Les volailles sont particulièrement exposées à certains parasites qui peuvent ralentir leur développement et affecter la rentabilité des élevages. « Ce qui embête le plus, ce sont deux parasites », précise-t-il, en évoquant les parasites digestifs, notamment les nématodes, et les parasites externes comme les poux.

Le problème est également économique. Dans les zones rurales, l’élevage de volailles constitue une activité à cycle relativement court. « L’élevage de poulets, c’est à cycle court », souligne le chercheur. Un avantage important pour les producteurs qui peuvent vendre leurs sujets après quelques mois. Mais lorsque les parasites compromettent la croissance ou la reproduction, les pertes peuvent rapidement devenir importantes.

La citronnelle arrive en tête

Les chercheurs ont d’abord réalisé des essais en laboratoire avant de poursuivre les expérimentations en milieu naturel. Cette démarche permet de passer progressivement de l’hypothèse scientifique à une utilisation potentielle sur le terrain.

Les résultats obtenus sont encourageants. « De façon hiérarchisée, je vais dire que la citronnelle a donné beaucoup plus », révèle le Dr Nouhoun. Le tabac arrive ensuite, tandis que le Tchayo se classe en troisième position.

Les huiles essentielles sont principalement étudiées contre les parasites externes. Pour les parasites digestifs, les chercheurs ont utilisé un extrait aqueux de tabac. « L’autre parasite dont nous avons voulu avoir l’effet du tabac, c’est à l’intérieur du tube digestif », explique-t-il.

Naturel ne veut pas dire sans danger

C’est toutefois le point sur lequel le chercheur appelle à la plus grande prudence. Les résultats obtenus ne doivent pas être interprétés comme une autorisation d’utiliser librement ces préparations sur les volailles destinées à la consommation.

« Nous n’avons pas encore commencé à vendre parce que nous n’avons pas encore étudié toute cette aspect-là, la toxicité », avertit le Dr Nouhoun. Des analyses complémentaires doivent notamment déterminer les éventuels effets sur la viande et les œufs.

Cette étape est fondamentale. Une plante peut avoir des propriétés intéressantes tout en présentant des risques lorsqu’elle est mal dosée. « Il faut étudier cette toxicité par rapport aux œufs, par rapport à la viande », insiste le chercheur.

Faire sortir la recherche des laboratoires

Les travaux sont terminés depuis environ deux ans et une phase de vulgarisation est envisagée. Mais le chercheur estime qu’une diffusion massive doit attendre la réalisation des études complémentaires et la validation réglementaire nécessaire.

Au-delà des trois plantes, le Dr Nouhoun défend une vision plus large de la recherche au Bénin. Pour lui, les ressources locales sont nombreuses, mais leur transformation en solutions concrètes nécessite des investissements.

« Notre espoir, nous en tant que chercheurs, c’est qu’un jour les travaux de recherche ne restent pas dans les tiroirs », affirme-t-il.

Le véritable défi est donc désormais de passer de la découverte à l’application. Avec un financement adéquat, un suivi scientifique rigoureux et une collaboration entre chercheurs, pouvoirs publics et investisseurs privés, ces plantes pourraient contribuer à réduire la dépendance à certains produits importés. Mais une chose reste claire : avant de parler de vulgarisation à grande échelle, la science doit encore apporter toutes les garanties nécessaires pour protéger l’animal, le producteur et le consommateur.

Firmin DANNON

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *