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Inondations dans le Golfe de Guinée : le réveil des eaux paralyse les mégapoles ouest-africaines

Du pont de Djonou à Abomey-Calavi jusqu’aux artères saturées de Lagos, le constat est identique en cette saison pluvieuse. L’Afrique de l’Ouest côtière a les pieds dans l’eau. Les images de motocyclistes bloqués, de voies coupées et de quartiers submergés ne sont plus des événements isolés, mais le symptôme d’une crise systémique qui frappe simultanément les grandes villes du Golfe de Guinée. Derrière l’actualité des bulletins météo, une analyse de fond s’impose : pourquoi nos métropoles coulent-elles à chaque saison des pluies ?

Les villes du littoral ouest-africain font face à une convergence parfaite de facteurs aggravants. Il faut noter l’intensification climatique, une géographie vulnérable et le bétonnage anarchique. Les rapports des experts se vérifient sur le terrain. Les précipitations ne sont pas seulement plus abondantes, elles sont plus violentes et concentrées sur de très courtes périodes, submergeant instantanément les capacités d’absorption des sols. De Cotonou à Lagos, en passant par Lomé et Accra, ces cités partagent un profil topographique critique : des zones basses, des cordons lagunaires et une proximité immédiate avec le niveau de la mer qui complique l’exutoire naturel des eaux chrétiennes ou pluviales. Puis l’explosion démographique a poussé à une extension urbaine rapide. Les zones de marécages, de mangroves et de dépressions qui servaient autrefois de déversoirs naturels et de zones tampons ont été remblayées et habitées, privant les villes de leurs « éponges » naturelles.

Des infrastructures d’assainissement saturées et obsolètes


Le cas du pont de Djonou au Bénin est hautement symbolique des arbitrages politiques actuels. Comme l’a reconnu le gouvernement béninois Wilfried Léandre Houngbédji, les dimensions initiales des ouvrages ne suffisent plus face aux ambitions de modernité et à la réalité climatique. Partout dans la sous-région, les réseaux de caniveaux et de collecteurs primaires ont été calibrés pour des réalités démographiques et pluviométriques d’il y a trente ans. À cela s’ajoute le défi majeur de la gestion des déchets solides : le plastique obstrue les voies d’évacuation, transformant le moindre aménagement technique en barrage artificiel lors des crues.

Le coût humain et économique de l’attentisme


L’impact de ces inondations chroniques dépasse largement le simple inconfort des usagers de la route. D’abord, l’économie est au ralenti. Lorsque les axes inter-États ou les artères des capitales économiques (comme Abidjan ou Lagos) sont coupés, c’est toute la chaîne logistique régionale qui s’enclenche à perte. Ensuite, la crise sociale est invisible. Les premières victimes restent les populations les plus vulnérables. Qu’il s’agisse des habitants des bidonvilles sur pilotis ou des sans-abris installés sous les infrastructures de transport, les crues détruisent des vies et accentuent la précarité sanitaire.

Changement de paradigme : penser « futuriste » et régional
L’intégration de la reconstruction des ponts dans des programmes plus vastes de mobilité urbaine, notamment avec l’appui d’institutions comme la Banque mondiale, montre que les États prennent progressivement la mesure du problème. L’idée de développer le transport fluvial (entre Porto-Novo, Cotonou et Calavi par exemple) au Bénin prouve qu’il faut désormais composer avec l’eau plutôt que de simplement tenter de la contenir. La solution ne pourra plus être uniquement locale. Le Golfe de Guinée partage le même écosystème côtier.

Tant que l’aménagement du territoire, la gestion des bassins versants et les politiques d’urbanisme ne seront pas pensés à l’échelle transfrontalière et avec une stricte rigueur environnementale, les saisons des pluies continueront de dicter leur loi aux ambitions de développement de l’Afrique de l’Ouest.

Donatien Fernando SOWANOU

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