Alors que la saison des pluies bat son plein, l’Afrique de l’Ouest traverse une crise hydrologique et humanitaire d’une ampleur exceptionnelle. De la Côte d’Ivoire au Nigeria, les gouvernements du Golfe de Guinée font face aux conséquences combinées de précipitations records, d’une urbanisation galopante et d’infrastructures de drainage largement dépassées. À la mi-juillet, le bilan humain s’alourdit et dépasse désormais les 125 morts à l’échelle de la sous-région depuis la fin du mois de juin. Face à l’urgence, les pays côtiers renforcent leur vigilance et adaptent leurs dispositifs de secours.

La Côte d’Ivoire est actuellement le pays qui paie le plus lourd tribut à ces intempéries. Les pluies diluviennes des 28 et 29 juin ont causé la mort de 59 personnes, principalement à la suite de glissements de terrain, d’éboulements et d’inondations sévères qui ont totalement paralysé la capitale économique, Abidjan, pendant près de 48 heures. Les communes de Cocody, Bingerville, Songon et Yopougon ont été placées en vigilance orange par l’Office national de la protection civile (Onpc). Le colonel Yépésina Marius Yéo, Directeur des opérations de l’Onpc, pointe du doigt l’intensification des pluies conjuguée au non-respect des consignes de prévention par une partie de la population, malgré la mobilisation de 60 unités de protection civile et des milliers d’actions de sensibilisation menées depuis le début de l’année.
Ghana : plus de 89 000 déplacés et une crise humanitaire majeure

Au Ghana, la situation a pris la tournure d’une véritable catastrophe nationale avec un bilan provisoire de 34 morts. L’Organisation nationale de gestion des catastrophes (Nadmo) signale que sept régions sont durement touchées. On dénombre 89 736 personnes déplacées à travers le pays. La région du Grand Accra est la plus sinistrée avec plus de 54 000 déplacés, suivie par la région Centrale qui compte près de 22 000 sinistrés. Les opérations de recherche se poursuivant pour retrouver les disparus, les autorités craignent une augmentation du bilan humain dans les jours à venir.
Togo, Bénin et Nigeria : une vigilance maximale face aux menaces à venir

Le Togo déplore la mort d’au moins 5 personnes à la suite des pluies diluviennes des 28 et 29 juin. Selon le gouvernement, l’intensité des précipitations a atteint des seuils inédits dans l’histoire moderne du Golfe de Guinée. Les régions Maritime, des Plateaux, Centrale, ainsi que le Grand Lomé, subissent de plein fouet ces intempéries. En réponse, l’Agence nationale de protection civile (Anpc) a activé le Plan Orsec pour coordonner les secours d’urgence.
Bien que le Bénin n’ait pas encore enregistré de pertes massives comparables à ses voisins occidentaux, le niveau d’alerte reste maximal. Le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, appuyé par l’Agence béninoise de protection civile, multiplie les appels à la prudence face à la montée inexorable des eaux. Les populations sont invitées à éviter les zones inondables, les ponts submergés et à se méfier des risques sanitaires liés à la contamination des sources d’eau locales.
La première économie d’Afrique retient son souffle. Avec des sols déjà saturés par les pluies de juin, la capacité d’absorption de la terre est au plus bas, favorisant un ruissellement urbain extrêmement rapide. Des quartiers huppés de Lagos, comme Lekki et Ikoyi, ont déjà subi des inondations majeures. L’Agence météorologique nigériane (Nimet) prévient que le mois de juillet s’annonce particulièrement critique, menaçant de crues graves pas moins de 27 États, dont les régions côtières d’Ogun, Bayelsa et Lagos.
Cette crise de la mi-juillet 2026 rappelle cruellement l’urgence d’adapter les métropoles ouest-africaines au changement climatique. Si l’aide humanitaire d’urgence reste la priorité absolue pour protéger les populations déplacées, les experts s’accordent à dire que seule une refonte en profondeur des politiques d’urbanisation, associée à des investissements massifs dans les infrastructures d’assainissement et de drainage, permettra de briser ce cycle annuel de désastres.
Donatien Fernando SOWANOU









