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La nature en ville : Entre défis écologiques et initiatives d’adaptation

Face à une croissance urbaine accélérée, la place de la nature au sein des villes béninoises devient un enjeu de développement majeur. Dr Rodrigue Gbèdomon, responsable de la recherche au Centre africain pour le développement équitable (Aced), a partagé son analyse de la situation, mettant en lumière à la fois les pressions démographiques et les initiatives locales telles que le festival « Nature en ville ».

Le Bénin a connu une transformation démographique et urbaine remarquable au cours des dernières décennies. Comme le rappelle le Dr Gbèdomon, la population nationale est passée d’environ 7 millions d’habitants au début des années 2000 à près de 10 millions en 2013, pour atteindre aujourd’hui des projections avoisinant les 14 millions. Cette expansion démographique se concentre massivement dans les milieux urbains, et plus particulièrement au sein de la conurbation du grand Nokoué, qui regroupe les communes d’Abomey-Calavi, Cotonou, Porto-Novo, Sèmè-Podji et Ouidah.

Cette croissance rapide engendre des défis environnementaux majeurs pour les écosystèmes urbains a savoir l’imperméabilisation des sols due à l’extension continue des zones bâties et des infrastructures; la réduction critique des espaces verts, illustrée par l’exemple d’Abomey-Calavi où le taux d’espace vert par habitant est estimé à seulement 0,06m², alors que la norme internationale recommandée est de 10m² et l’apparition de rétroactions climatiques locales, telles que la prolifération des îlots de chaleur urbains et l’intensification des inondations récurrentes.

Le concept de « Ville Éponge » comme axe d’adaptation
Face à ces aléas, le Dr Gbèdomon préconise de dépasser la simple logique de contrôle ou de canalisation des eaux pour s’orienter vers des stratégies d’adaptation durables. L’une des approches phares évoquées est le concept de ville éponge. Comme principe de la ville éponge, il faut concevoir l’espace urbain de manière à fluidifier et faciliter l’infiltration naturelle de l’eau dans le sol, permettant ainsi de cohabiter de façon résiliente avec la dynamique hydrique plutôt que de chercher à la contenir systématiquement. L’intégration de la nature en milieu urbain ne se limite pas aux seuls espaces verts passifs. Elle englobe un ensemble diversifié de structures : les parcs urbains et les forêts de protection; les toits végétalisés et les jardins potagers ou récréatifs et les arbres d’alignement désormais visibles le long des axes routiers, qui participent activement à l’amélioration du cadre de vie.

Une institutionnalisation et une mobilisation collective
Les initiatives menées par l’Aced, notamment à Abomey-Calavi, ont permis de tester différents modèles d’espaces verts productifs et non productifs, et d’accompagner la municipalité dans l’élaboration de son « plan canopée ». Une avancée notable réside dans la volonté politique locale, certaines administrations ayant fait le choix d’allouer une ligne budgétaire spécifique à l’aménagement des espaces verts. Pour pérenniser ces actions et les étendre à l’échelle du grand Nokoué et du reste du territoire national, le festival « Nature en Ville » a été initié en collaboration avec l’Agence nationale du paysage (Anap) et le ministère chargé du Cadre de vie. L’objectif de cet événement est de fédérer l’ensemble des acteurs urbains : décideurs politiques, organisations de la société civile (telles que Crédit Ong, Éco-Bénin ou Sos Biodiversité) et le secteur privé (entreprises de construction, banques).

Le festival préconise plusieurs axes d’action pour l’avenir : le renforcement du cadre législatif intégrant des quotas obligatoires de verdure dans les codes de l’urbanisme pour toute nouvelle infrastructure; l’éducation et la sensibilisation pour accompagner l’action publique par une appropriation populaire, afin que les citoyens adoptent des pratiques quotidiennes favorables au maintien de la biodiversité urbaine et l’évaluation économique des services écosystémiques en mettant en avant le retour sur investissement de la végétalisation. Selon les estimations partagées, 1f cfa investi dans un arbre génère entre 2f et 5f cfa de bénéfices et co-bénéfices environnementaux et sanitaires (purification de l’air, ombrage, stabilisation des sols).

En s’inscrivant dans une perspective intergénérationnelle, le développement de ces infrastructures vertes est présenté non seulement comme une nécessité face aux changements climatiques actuels, mais aussi comme un engagement social fort envers les générations futures.

Donatien Fernando SOWANOU

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