Suite aux nouveaux allègements des conditions d’acquisition des logements sociaux actés en Conseil des Ministres ce 7 octobre 2026, l’analyste des faits de société Mahussi Capo-Chichi a exprimé ses réserves sur l’attractivité et l’efficacité de ce projet immobilier de grande envergure.
Dans sa prise de position, l’analyste revient sur l’historique des ajustements successifs consentis par le gouvernement (ouverture aux étrangers et à la diaspora, puis nouvel allègement des critères). Malgré ces efforts répétés, il constate que ces logements peinent à convaincre les citoyens. Il attribue cette réticence à deux causes fondamentales. D’abord, le choc sociologique et culturel qui se traduit par le modèle du logement individuel clos avec un portail, un jardin, un manguier et la liberté de personnaliser son espace à l’image de la cité Arconville à Calavi correspond au rêve de tout Béninois.

À l’inverse, les grands blocs collectifs de type occidental (R+2, R+3) construits sur le modèle des campus universitaires à Ouèdo heurtent les mentalités locales.
Ensuite, il y voit inadéquation financière car avec des mensualités de départ oscillant autour de 97 000Fcfa sur 25 ans (et pouvant atteindre 300 000Fcfa), couplées à un SmiG national fixé à 52 000Fcfa, l’offre demeure hors de portée des couches modestes qu’elle est censée cibler, tandis que les classes moyennes préfèrent investir directement dans l’autoconstruction de parcelles.
Alors, il a proposé des pistes de solutions. Pour remédier à cette situation, Mahussi Capo-Chichi formule quatre propositions majeures : accorder des avantages incitatifs aux fonctionnaires pour les pousser à y emménager, reconvertir une partie des sites en appartements meublés pour de courts séjours, réajuster drastiquement les barèmes financiers, ou encore réorienter à l’avenir la politique publique vers la sécurisation foncière des citoyens pour contrer les traumatismes liés aux litiges terriens.
Commentaire de l’analyse
L’analyse de Mahussi Capo-Chichi met le doigt sur un paradoxe classique des politiques publiques en Afrique subsaharienne : le décalage entre la vision macro-économique des États qui cherchent à moderniser l’habitat par des cités verticales et standardisées et la micro-réalité culturelle et socio-économique des populations.

L’argumentation sur l’attachement viscéral du Béninois à sa parcelle titrée, à son indépendance résidentielle et à sa liberté d’aménagement est tout à fait fondée. La maison individuelle n’est pas seulement un toit, c’est un marqueur de réussite sociale et d’autonomie. Proposer des appartements collectifs standardisés sans transition culturelle crée un frein psychologique majeur. Le calcul financier mis en avant par l’analyste est aussi pertinent. Demander à un ménage de mobiliser près de 100 000Fcfa par mois sur un quart de siècle dans un pays où le salaire minimum est de 52 000Fcfa exclut de fait la masse laborieuse informelle et une grande partie des jeunes salariés.
Si les multiples assouplissements gouvernementaux témoignent d’une volonté d’écoute et d’ajustement, ils montrent aussi les limites d’une approche qui nécessiterait peut-être une refonte plus profonde de l’accès à la propriété, en combinant l’aide au logement avec la résolution sécurisée du casse-tête foncier.
Donatien Fernando SOWANOU









