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Cameroun : une nouvelle carte agricole pour défier le climat

Face aux effets grandissants du changement climatique, le Cameroun change de stratégie pour protéger son agriculture. Le pays met progressivement en place trois calendriers agricoles distincts, adaptés aux principales zones agroécologiques du territoire. L’objectif est simple : aider les producteurs à mieux planifier leurs activités et à réduire les pertes causées par des conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles.

Cette réforme est portée par l’Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC), en collaboration avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER). Elle s’appuie sur des prévisions météorologiques afin d’indiquer aux agriculteurs les meilleures périodes pour semer, les cultures les plus adaptées à leur environnement et les pratiques agricoles les plus efficaces selon les réalités de chaque région.

Pour l’ingénieur Forghab Patrick Mbomba, directeur général adjoint de l’ONACC, l’information climatique est désormais un levier essentiel pour réussir une campagne agricole. Selon lui, il est impossible de conseiller efficacement les producteurs sans disposer de données fiables sur l’évolution du climat.

Au-delà de ces nouveaux calendriers, l’ONACC diffuse également des bulletins climatiques saisonniers couvrant les trois mois à venir, ainsi que des bulletins décadaires publiés tous les dix jours. Ces mises à jour permettent d’ajuster les recommandations en fonction de l’évolution des conditions météorologiques, qu’il s’agisse d’un retard des pluies, d’une sécheresse ou d’un risque d’inondation.

Les trois calendriers répondent aux réalités climatiques du pays. Le premier couvre les sept régions du sud du Cameroun, où les précipitations sont généralement plus abondantes. Le deuxième est consacré à l’Adamaoua, une zone de transition entre le sud humide et le nord plus sec. Enfin, le troisième concerne les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, caractérisées par un climat soudano-sahélien, où la courte saison des pluies impose une vigilance particulière face aux sécheresses, aux inondations et aux vents violents.

Cette approche marque une véritable évolution. Le précédent calendrier agricole national remontait à 1986 et ne prenait pas en compte les profondes mutations climatiques observées ces dernières décennies.

Pour Gérardine Sonkoue, ancienne directrice exécutive de la Confédération nationale des producteurs de cacao du Cameroun, cette initiative représente un atout majeur pour les agriculteurs. En disposant d’un calendrier adapté à leur zone, ils peuvent choisir les périodes de semis les plus favorables, mieux anticiper les aléas climatiques et améliorer leurs rendements.

Dans un contexte où le changement climatique menace de plus en plus la sécurité alimentaire, le Cameroun mise ainsi sur une agriculture guidée par la science et les données météorologiques. Une orientation qui pourrait renforcer la résilience des exploitations agricoles et inspirer d’autres pays africains confrontés aux mêmes défis.

Firmin DANNON

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