Le gouvernement espagnol voulait répondre à la crise du logement par deux décrets d’urgence. Le Parlement les a rejetés ce vendredi 2 octobre, malgré la pression de la rue. Un sérieux revers pour Pedro Sánchez, dont la majorité devient chaque jour plus difficile à réunir.
La crise du logement s’invite au cœur de la bataille politique en Espagne. Ce vendredi 2 octobre, le Congrès des députés a rejeté les deux textes défendus par le gouvernement de Pedro Sánchez pour renforcer la protection des locataires et tenter de contenir la hausse des loyers. Le premier décret a été battu par 178 voix contre 172, tandis que le second a recueilli 166 voix favorables contre 184.
Deux textes, deux échecs
Ces projets devaient notamment renforcer la protection des ménages confrontés aux expulsions, prolonger certaines protections locatives, encadrer davantage les locations de courte durée et prévoir des mesures destinées à limiter la pression sur le marché locatif. Leur rejet signifie que ces dispositions ne pourront pas entrer en vigueur sous la forme proposée par l’exécutif.
Pour Pedro Sánchez, l’enjeu dépassait donc largement une simple bataille parlementaire. Le logement est devenu l’un des sujets sociaux les plus sensibles du pays. Les prix de l’immobilier et des loyers ont fortement progressé, alors que l’offre disponible reste insuffisante dans plusieurs territoires. La Banque d’Espagne estime que le pays pourrait connaître un déficit de plus d’un million de logements d’ici 2028.
Sánchez monte au créneau, sans parvenir à convaincre

Conscient de la portée du vote, Pedro Sánchez est personnellement intervenu au Congrès avant le scrutin. Le chef du gouvernement a appelé les députés à dépasser leurs divergences politiques face à ce qu’il considère comme une urgence sociale.
« Il vous revient de montrer que votre volonté de nuire au gouvernement ne l’emporte pas sur votre souci du bien-être des citoyens », a-t-il lancé aux parlementaires.
Puis il a averti : « L’histoire vous jugera plus tôt que vous ne pensez et plus durement que vous ne l’imaginez. »
Un discours qui n’a finalement pas modifié les rapports de force. Quelques heures plus tard, les deux textes étaient définitivement rejetés.
Junts fait basculer le vote
Le principal tournant est venu de Junts, formation indépendantiste catalane qui avait pourtant participé aux négociations autour des mesures gouvernementales. Le parti a finalement choisi de voter contre les deux décrets.
Junts estime que les mesures proposées ne permettent pas de résoudre les causes profondes de la crise et pourraient, selon sa position, réduire davantage l’offre locative. Le parti a même présenté un texte alternatif de 59 pages afin de proposer une autre base de négociation au gouvernement.
Cette décision est politiquement lourde. Avec une majorité parlementaire fragmentée, chaque groupe susceptible d’apporter quelques voix devient déterminant. Le gouvernement Sánchez se retrouve ainsi confronté à une équation de plus en plus complexe : défendre une réponse rapide à une urgence sociale tout en obtenant l’adhésion de formations aux intérêts et aux priorités très différents.
Une défaite qui tombe au mauvais moment
Dans la rue, la colère ne faiblit pas. Des centaines de manifestants se sont rassemblés aux abords du Congrès pendant les débats, dans un contexte marqué par plusieurs affaires d’expulsions qui ont ravivé la mobilisation autour du logement.
Le cas de Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans expulsée de son logement à Madrid, est notamment devenu un symbole de cette crise. Son expulsion a contribué à alimenter les manifestations et les appels à une intervention plus forte des pouvoirs publics.
Le rejet des deux décrets crée donc un paradoxe : alors que la pression sociale augmente pour obtenir davantage de protection des locataires, le gouvernement ne parvient pas à faire adopter les mesures qu’il présente comme une réponse immédiate à cette urgence.

L’hypothèse d’élections anticipées revient sur la table
Cette défaite dépasse désormais la seule question du logement. Elle fragilise davantage la capacité du gouvernement à faire adopter ses textes au Parlement et relance les spéculations sur l’avenir de la législature.
Le Parti populaire et Vox réclament déjà la convocation d’élections générales anticipées. De son côté, Pedro Sánchez a jusqu’ici défendu la poursuite de la législature, mais le vote de ce vendredi montre une nouvelle fois la difficulté de son gouvernement à réunir une majorité stable.
Pour l’heure, aucune élection anticipée n’est annoncée. Mais politiquement, le signal envoyé par le Congrès est clair : sur un dossier aussi sensible que le logement, le gouvernement Sánchez vient de subir une double défaite et devra désormais trouver une nouvelle voie pour répondre à une crise qui continue de mobiliser la société espagnole.
Firmin DANNON









