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Ebola en RDC : les ambulances manquent, la riposte vacille

En République démocratique du Congo, la riposte contre Ebola est confrontée à un nouvel obstacle majeur : l’insécurité. Les attaques contre les équipes sanitaires, les ambulances vandalisées et le manque de moyens compliquent la prise en charge des malades. Dans plusieurs zones, la réponse sanitaire peine désormais à suivre le rythme de l’épidémie.

La riposte contre Ebola se retrouve fragilisée sur plusieurs fronts en République démocratique du Congo. Alors que l’épidémie a déjà fait plus de 2 300 morts dans le pays, les violences contre les agents de santé viennent aggraver une situation sanitaire déjà difficile.

Le dernier incident s’est produit dimanche 17 août à Aru, dans la province de l’Ituri. Des jeunes ont attaqué l’hôpital de Kandoy, dans la zone de santé de Biringi, alors qu’une ambulance venait chercher deux personnes suspectées d’avoir contracté Ebola.

L’attaque a particulièrement lourdement touché le dispositif médical. L’hôpital a été saccagé et le chauffeur de l’ambulance a été grièvement blessé. Selon les autorités sanitaires locales, il se trouve dans le coma. Plus inquiétant encore, les deux cas suspects ont disparu après l’attaque. D’autres patients, qui revenaient des salles d’opération, ont également quitté l’établissement. Une telle situation complique considérablement le suivi des personnes potentiellement exposées au virus.

Des ambulances déjà insuffisantes

Au-delà de la violence, c’est toute la chaîne de prise en charge qui se retrouve sous pression. Les ambulances jouent un rôle essentiel dans une épidémie comme Ebola. Elles permettent notamment d’isoler rapidement les cas suspects et de les transporter vers des structures adaptées.Or, ces véhicules sont déjà trop peu nombreux. Julien Harneis, coordinateur principal d’Ebola pour les Nations unies, alerte ainsi sur les conséquences des dégradations. Chaque ambulance endommagée réduit davantage la capacité des équipes à intervenir auprès des populations.

La situation est particulièrement préoccupante en Ituri, où deux ambulances sont actuellement en panne. Au Nord-Kivu, seules cinq ambulances sont disponibles. Dans le Haut-Uélé, les autorités sanitaires réclament, elles, dix véhicules supplémentaires.Ce manque de moyens peut transformer un problème logistique en véritable urgence sanitaire. Lorsqu’une ambulance manque, un patient suspect peut attendre plus longtemps avant d’être isolé. Dans le cas d’Ebola, ce retard peut favoriser la transmission du virus.

La riposte perturbée sur le terrain

Les difficultés ne concernent pas uniquement le transport des malades. Elles touchent également les opérations de terrain destinées à contenir la propagation du virus.

Le 15 août, seulement 21 des 171 « rings » prévus avaient pu être ouverts en Ituri. Ces dispositifs permettent d’organiser les interventions autour d’un cas d’Ebola, notamment pour rechercher les contacts, surveiller les personnes exposées et décontaminer les lieux concernés. Un tel écart entre les opérations prévues et celles effectivement réalisées traduit l’ampleur des difficultés rencontrées par les équipes. La riposte ne dépend donc plus seulement de la disponibilité des personnels et des équipements. Elle dépend aussi de leur capacité à accéder aux communautés en toute sécurité. À Epulu-Zunguluka, dans la zone de santé de Mambasa, un enterrement digne et sécurisé n’a ainsi pas pu être organisé le 15 août en raison de l’insécurité. Or, la gestion sécurisée des dépouilles constitue un élément crucial dans la lutte contre Ebola.

Des violences qui se multiplient

L’Ituri n’est pas la seule province concernée. Dans le Haut-Uélé, le rapport sanitaire du 15 août fait état de l’agression d’un infirmier titulaire de l’aire de santé d’Apodo, dans la zone de santé de Gombari.À Isiro, dans la zone de santé de Tuluba, une communauté a également emporté un corps. Cette situation a empêché les équipes sanitaires d’effectuer un prélèvement, alors que celui-ci pouvait contribuer à confirmer ou écarter une infection. Ces incidents révèlent une autre difficulté : la confiance entre les communautés et les équipes de riposte. Lorsque les populations refusent l’intervention des agents sanitaires ou récupèrent des dépouilles, les autorités perdent des informations essentielles pour suivre la circulation du virus.

L’insécurité devient un problème sanitaire

La situation montre surtout que la lutte contre Ebola ne peut pas être menée uniquement avec des médicaments, des ambulances et du personnel médical. Elle nécessite également un environnement sécurisé et une coopération étroite avec les populations. Chaque attaque contre un agent de santé provoque donc des conséquences qui dépassent la victime elle-même. Elle peut interrompre une évacuation, empêcher un prélèvement, retarder une désinfection ou faire disparaître des cas suspects du dispositif de surveillance.Pour les Nations unies et les autorités congolaises, le défi est désormais double : contenir le virus tout en protégeant ceux qui tentent de l’arrêter. Sans sécurité, même les moyens sanitaires disponibles risquent de rester inutilisés.

En RDC, la riposte contre Ebola se joue donc désormais sur deux terrains. D’un côté, les équipes combattent un virus particulièrement dangereux. De l’autre, elles doivent composer avec les violences, la méfiance et le manque d’ambulances. Une équation qui pourrait compliquer davantage encore le contrôle de l’épidémie si des mesures urgentes ne sont pas prises.

Firmin DANNON

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