La campagne pour l’élection présidentielle du 16 janvier 2027 démarre ce mercredi 19 août au Nigeria. Dix-neuf candidats sont en lice, dans un pays confronté à deux urgences majeures : la vie chère et l’insécurité. Le président sortant Bola Ahmed Tinubu devra défendre son bilan face à une opposition qui cherche encore la stratégie capable de l’unir.
Le Nigeria entre officiellement dans une nouvelle bataille électorale. À cinq mois du scrutin présidentiel, les candidats vont sillonner un pays de plus de 900 000 km² pour convaincre un électorat de plus de 100 millions de personnes. En parallèle, les Nigérians éliront les 360 députés de la Chambre des représentants.
Parmi les 19 prétendants à la présidence figurent trois femmes et surtout le chef de l’État sortant, Bola Ahmed Tinubu. Pour conserver le pouvoir, le candidat du Congrès des progressistes (APC) devra toutefois convaincre au-delà de son bilan économique. La campagne s’annonce particulièrement disputée, car les difficultés quotidiennes restent fortement ressenties par une partie de la population.
Le pari risqué des réformes économiques
Depuis son arrivée au pouvoir, Bola Ahmed Tinubu a engagé plusieurs réformes destinées à redresser les finances du Nigeria. La suppression des subventions sur le carburant et l’électricité, les réformes fiscales et la dévaluation du naira ont profondément modifié la vie économique du pays.
Le pouvoir présente ces mesures comme des décisions difficiles, mais indispensables. Selon les données avancées par les autorités, l’économie nigériane a progressé de 4 % en 2025. De plus, l’inflation serait redescendue à 15,43 %, contre environ 33 % en 2024.
Cependant, ces indicateurs macroéconomiques ne suffisent pas à rassurer les ménages. Une baisse de l’inflation signifie en effet que les prix augmentent moins vite, mais elle ne signifie pas nécessairement qu’ils reviennent à leur niveau précédent. C’est précisément ce décalage qui pourrait devenir l’un des principaux arguments de l’opposition.
Le coût de l’alimentation illustre cette difficulté. Pour préparer un riz jollof destiné à une famille de cinq personnes, il faut désormais compter environ 18 euros, contre 15 euros un an plus tôt. Dans un pays où le salaire minimum reste inférieur à 44 euros, cette hausse pèse lourdement sur le budget des familles.
Ainsi, le véritable défi de Tinubu sera de transformer les résultats économiques affichés par son gouvernement en amélioration perceptible du niveau de vie. Pour de nombreux électeurs, la question ne sera pas seulement de savoir si l’économie progresse. Ils voudront surtout savoir si cette croissance améliore réellement leur quotidien.
Une opposition encore à la recherche de son unité
Face au pouvoir, les adversaires de Bola Tinubu devront également résoudre leur propre équation. Le Congrès démocratique du Nigeria (NDC) veut notamment élargir son influence au-delà de son bastion du sud-est. Le choix de Rabiu Musa Kwankwaso comme colistier doit notamment permettre au parti de renforcer sa présence dans le nord.
Mais la principale inconnue reste la capacité de l’opposition à éviter la dispersion des voix. En 2023, plusieurs candidatures avaient contribué à fragmenter le vote anti-pouvoir. Cette fois, la coalition G-100 souhaite imposer une candidature commune.
Un sommet prévu le 31 août doit permettre d’avancer sur cette stratégie. L’enjeu est considérable : dans un scrutin où la répartition géographique des voix compte autant que le score national, une opposition divisée pourrait faciliter la réélection du président sortant.
Pour remporter la présidentielle, un candidat doit obtenir la majorité des suffrages exprimés et au moins 25 % des voix dans 24 des 36 États, ainsi que dans le territoire de la capitale fédérale. La conquête du pouvoir passe donc nécessairement par une implantation nationale.
L’insécurité, l’autre grande bataille
À la pression économique s’ajoute une crise sécuritaire persistante. Dans plusieurs régions du Nigeria, les populations continuent de vivre sous la menace des groupes armés et des organisations jihadistes. Le phénomène des enlèvements reste également une source majeure d’inquiétude.
La situation est particulièrement préoccupante dans le nord, où l’armée combat depuis plusieurs années des groupes jihadistes. Dans le centre du pays, les affrontements entre éleveurs et agriculteurs alimentent aussi des violences récurrentes, souvent liées à l’accès aux terres et aux ressources.
Dans l’État du Plateau, au centre du Nigeria, au moins 24 personnes ont récemment été tuées par des hommes armés équipés de fusils et de machettes. Cette nouvelle attaque rappelle que l’insécurité ne constitue plus seulement un problème localisé. Elle touche désormais plusieurs parties du territoire.
Le sud-ouest, longtemps considéré comme relativement épargné, a lui aussi été confronté à un enlèvement de masse attribué à des terroristes par l’armée. Cette évolution élargit encore le défi sécuritaire auquel sera confronté le prochain gouvernement.
Une campagne sous surveillance
Cette insécurité pourrait également avoir des conséquences politiques directes. Dans certaines zones, les violences pourraient compliquer l’organisation des meetings et des déplacements des candidats. Elles risquent surtout de décourager certains électeurs de se rendre aux urnes.
La question sécuritaire pourrait donc dépasser le simple débat sur le bilan du gouvernement. Elle touchera directement à la capacité de l’État à garantir une campagne libre, une participation suffisante et un scrutin organisé dans de bonnes conditions.
À cinq mois de l’élection, Bola Tinubu dispose ainsi d’un bilan économique qu’il entend défendre. Mais face à lui, l’opposition dispose d’un puissant argument : malgré les réformes, une partie des Nigérians continue de subir la cherté de la vie et l’insécurité.
La présidentielle de janvier 2027 s’annonce donc comme un véritable test pour le pouvoir. Le président sortant devra convaincre que les sacrifices imposés par ses réformes finiront par produire des résultats concrets. Ses adversaires, eux, devront démontrer qu’ils peuvent offrir une alternative crédible sans reproduire les divisions de 2023.
Au Nigeria, la campagne commence donc sur une question simple, mais décisive : les électeurs choisiront-ils de faire confiance aux réformes de Tinubu ou sanctionneront-ils un pouvoir qu’ils jugent encore incapable de répondre à leurs difficultés quotidiennes ?
Firmin DANNON









